Je vous propose ici le verbatim du discours d’Arnaud Montebourg, tenu en conclusion des Etats Généraux du Projet France, à Paris, le 5 novembre 2016. Je reprends ici les propos du candidat sans les commenter, laissant chacun, dans les commentaires du billet de blog, dire ce qu’il en pense. Ce verbatim se compose de deux parties : les sujets « transversaux » qui concernent l’ensemble des sujets abordés, dont l’éducation ; le passage spécifiquement dédié aux questions d’éducation.

 

L'éducation dans les questions transversales

Partout la société s’organise. Pour trouver des solutions nouvelles dans tous les domaines, elle invente un monde nouveau chaque jour, dans l’agriculture, l’industrie, l’action sociale, […] dans l’éducation […].

Il y a une société qui se transforme. Ainsi en est-il dans de nombreux domaines : dans l’éducation, grâce à l’arrivée des fameux MOOCs où on inverse la pédagogie. […] Voilà la France qui se réinvente. Je voudrai dire ici, puisque nous parlons d’innovation, que ce monde nouveau qui s’avance, nous n’avons aucune raison d’en avoir peur […]

Voilà pourquoi je crois nécessaire de libérer l’innovation dans notre pays. Entrepreneuriale, sociétale, éducative, parce que plutôt que de la craindre, je préfère la mettre au pouvoir […].

Internet, pour moi, réhabilite la notion de coopération dans une société individualiste et ultra concurrentielle. Dans l’éducation, internet permet et donne le pouvoir à la multitude […]. Dans l’éducation, c’est la popularisation grâce aux MOOCs de la pédagogie inversée, où plutôt que le cours magistral, c’est l’apprentissage préalable des savoirs puis ensuite le travail en petits groupes, la répétition. Ce sont là des impacts considérables sur la vie et peut être, sur les progrès que nous pouvons réaliser. […]

 

La partie du discours spécifiquement dédiée à l'éducation :

Tout là l’heure il a été expliqué à quel point l’appareil éducatif est en difficulté. J’ai noté au fur et à mesure de mes rencontres, d’abord un appel au secours des enseignants. 30% des élèves en difficulté en plus en 10 ans ; une perte de confiance en soi ; une insuffisance de formation pour faire face à une situation nouvelle ; un système scolaire qui reproduit les inégalités liées aux origines sociales, aujourd’hui classé comme un des plus inégalitaires de l’OCDE ; une fabrique, désormais importante, de la marginalisation sociale. Cet échec, il est le nôtre, et je voudrai adresser ici un mot de soutien aux enseignants. Ce n’est pas que le fils de prof, qui parle, là, ce soir. C’est aussi, finalement, le père inquiet pour ses enfants, comme tous les français, qui se demande si finalement, quand on est né dans un quartier, on a un destin qui est pré-programmé dans l’Education nationale. Moi je n’accepte pas cela pour nos enfants. Et je voudrai dire ici qu’un programme politique sur l’éducation nationale aujourd’hui ça ne peut pas être des engagements statistiques en nombre de postes […] Nous devons imaginer des obligations de résultat, avec des efforts collectifs de la nation, en réinvestissant dans l’Education nationale.

Je suis pour la diversification des réussites, mais la réussite pour tous. Chacun peut : un enfant qui est en échec scolaire, s’il redevient moyen, c’est une victoire ! Un enfant moyen, s’il progresse et devient « pas mauvais », c’est une victoire ! Un enfant qui est bon et qui devient excellent, c’est une victoire ! La victoire, c’est que tous les enfants doivent être poussés le plus loin possible. C’est l’esprit d’un service public et d’une nation qui se reconstituent. Il n’est pas normal et toutes les études – y compris une récente du Cnesco présidé par Mme Nathalie Mons – montrent à quel point il n’est pas normal que nous ayons autant d’élèves en difficulté. Il y a donc là un investissement national que la nation doit reprendre vis-à-vis de l’éducation nationale. Je suis prêt à discuter avec les organisations représentatives des professeurs, les organisations représentatives des parents, pour que nous trouvions ensemble non pas les uns contre les autres, ENSEMBLE, dans une stratégie d’entr’aide collective et nationale, les moyens de reconstruire patiemment, en incluant tout le monde, en veillant à améliorer les choses, comment nous pouvons retrouver le chemin de la réussite pour tous.

Oui, il faudra mieux payer les profs. Oui, il faudra mieux les former. Oui, il faudra imaginer d’autres systèmes d’évaluation, d’autres systèmes de recrutement, de nomination, d’affectation. Nous en sommes capables, quand même ! En tout cas, nous en avons un impérieux besoin. [s’adressant à la présidente de l’association « Wifilles » qui aide à la promotion des métiers de l’ingénierie informatique auprès des filles et à l’amélioration de leur ambition professionnelle ] J’ai été très ému de ce que vous faites. Vous faites le travail de l’éducation nationale, finalement, en allant au-delà de ce qu’elle aurait pu faire.

Alors oui, j’ai lu, dans un rapport de juin 2016 du commissariat général à la stratégie et à la prospective, que si la France réussissait à passer de sa 25eme place à la 16eme, c’est-à-dire se remettait à investir dans les politiques éducatives, à obtenir de meilleurs résultats pour les enfants (c’est la seule chose qui importe), elle ferait gagner à notre économie 11 milliards d’euros par an sur la période 2015-2050. Investir dans l’éducation nationale c’est obtenir une nation plus prospère, plus heureuse, capable d’imaginer son avenir. Un enfant qui a un diplôme et un enfant qui a de l’estime pour lui-même, c’est un enfant qui croit en lui. Un enfant en échec parce qu’il n’a pas réussi ceci ou cela est un enfant qui se sent humilié.

Faut-il, d’ailleurs, humilier les enfants ? Nous pourrions imaginer des solutions plus coopératives, collaboratives, dans les stratégies pédagogiques. Nous pourrions imaginer qu’au lieu d’avoir des compétitions individuelles dans l’école il y ait des projets collectifs où on apprendrait à travailler ensemble. D’ailleurs, où se fait-il, dans la société française, que nous soyons généralement contraints de travailler seul. Même moi qui ait été profession libérale et solitaire, je ne travaillais jamais seul. Dans les entreprises, dans la vie, dans la famille, dans l’éducation de ses propres enfants, on apprend à travailler ensemble et la France a besoin de se remettre ensemble. Voilà l’esprit dans lequel nous devons faire évoluer l’appareil éducatif. Ce sont là des propositions que je veux porter au long de cette campagne. Nous les faisons chiffrer, nous en discuterons des conséquences concrètes, nous avons le temps de bâtir encore ensemble