Parmi les points de crispation autour de la réforme des collèges, prévue pour la rentrée 2016, on retrouve l'épineuse question des classes bilangues et du devenir, en particulier, de l'enseignement de l'allemand, pour la promotion duquel elles avaient initialement été créées. Les classes bilangues, qui permettent à certains élèves de commencer la LV2 dès la sixième, vont disparaître, au profit d'un enseignement de LV2 pour tous les élèves à partir de la classe de cinquième. 100% des élèves seront concernés par un dispositif qui en touche actuellement autour de 16%, au prix d'une petite perte d'heure, sur l'ensemble des années collège, pour les élèves actuellement bénéficiaires du dispositif.

Dans le cadre de l'autonomie des établissements et du droit à expérimentation, certains collèges, qui répondent souvent à des problématiques particulières (isolement notamment), n'ont pas attendu l'application de cette réforme pour mettre en place cette nouvelle organisation de l'enseignement des langues vivantes. Ainsi, par exemple, le collège Gaston Defferre, de Preuilly-sur-Claise (Indre-et-Loire). La professeure d'allemand, Joëlle Voydie, est interviewée ce matin dans la presse locale à propos d'une initiative vieille déjà de 9 ans. Cela fait presque une décennie, en effet, que les élèves de ce petit collège rural de l'extrême sud de l'Indre-et-Loire a mis en place l'enseignement de LV2 allemand en classe de cinquième, ne pouvant pas (sans doute pour des raisons de faiblesse des effectifs) bénéficier d'un dispositif de type classes bilangues. Il est intéressant de lire les témoignages des élèves. On les croirait tout droit sortis, justement, d'une classe bilangue, à l'image de cette jeune fille qui se réjouit de pouvoir apprendre en même temps deux langues aux vocabulaires si proches, ce qu'elle trouve facilitant.

Même son de cloche dans l'académie de Toulouse, où près de 300 collèges expérimentent depuis cette année un dispositif de deux langues vivantes en cinquième, fondé sur la suppression des classes bilangues (anglais pour tous, et au choix espagnol, russe ou chinois, l'allemand demeurant pour le moment dans une configuration en classes bilangues). Là aussi les élèves tirent manifestement profit de l'expérience, dans un système que les Ipr d'anglais et d'espagnol estiment, dans Les Cahiers pédagogiques, largement moins élitiste que celui des classes bilangues. 

Preuilly-sur-Claise : des enfants ravis, une enseignante satisfaite de ce qu'elle produit et dynamique, un principal qui voit d'autant plus sereinement se profiler la rentrée 2016 que son collège est déjà prêt. Une préfiguration, à n'en pas douter, de ce que permettra la mise en place de cette nouvelle forme d'enseignement des langues vivantes. Une confirmation aussi de ce principe élémentaire selon lequel pour réussir, il faut entreprendre, et que pour être certain d'échouer, il suffit de déplorer. Oui il faudra faire le deuil des classes bilangues, mais non ce n'est pas un danger pour l'allemand. Là où la dynamique existe, là où elle sera créée, cette réforme ne détruira pas l'allemand. Le collège Gaston Defferre de Preuilly-sur-Claise en est un magnifique exemple.

 

L'article et les réactions des élèves sont à retrouver à cette adresse : http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Education/n/Contenus/Articles/2015/06/15/Classe-bilangue-un-college-en-avance-sur-la-reforme-2366530