Je mets en ligne ici l'interview que j'ai réalisée avec Olivier Collet pour Chérie FM et le web-journal "Info-Tours", à propos de la réforme du collège 2016. J'ai un léger doute sur la formule "le collège est considéré comme élitiste", dont je ne me souviens pas, et qui en tout cas ne correspond pas, aussi brutalement formulée, au fond de ma pensée. Mais pour le reste, c'est bien la retranscription fidèle de ce que j'ai dit.

(l'original est à retrouver ici : http://www.info-tours.fr/articles/indre-et-loire/2015/05/19/2172-lionel-janjeau-explique-la-reforme-du-college.html)

 

Membre de la revue des Cahiers Pédagogiques, ce professionnel de l'éducation de Touraine fait partie des soutiens au texte proposé par la ministre de l'éducation Najat Vallaud-Belkacem et dont la mise en application est prévue pour 2016. Interview :

Est-elle nécessaire cette réforme du collège ?

Oui car cela fait des décennies que le collège est analysé comme étant le maillon faible du système éducatif, là où l’on arrive pas à satisfaire aux objectifs assignés à l’école comme la promotion sociale. Mais ce problème existe depuis la réforme instaurant le collège unique : comment donner les mêmes chances à tous les élèves, quels que soit leurs aptitudes ou leur milieu social. En fait on sait faire de très bons élèves qui vont devenir de très bons étudiants puis de très bons professionnels. Mais en dehors de ça on ne sait pas donner sa chance à chaque élève. Le collège est considéré comme « élitiste ».

Que prévoit cette réforme ?

Sa philosophie générale est d’instaurer ce fameux collège unique en projet dans le milieu des années 70. Donc réduire les inégalités entre élèves en simplifiant notamment le jeu des options. On sait qu’entre un élève qui ne choisit aucune option et celui qui va en choisir de nombreuses (classes bi-langues, sections européennes, latin, découverte professionnelles…) ça va faire jusqu’à une demi-journée de cours en plus pour certains élèves ce qui, sur 3 ou 4 ans, est très important. C’est là que se creusent les inégalités.

Donc supprimer ces options n’est pas une mauvaise chose ?

Comprenons-nous bien. La réforme ne supprime pas les options car les collèges vont évidemment continuer à proposer des cours de latin, de langue ou d’allemand. Il y a beaucoup de mythologie autour de l’idée qu’on veut la mort des options. C’est juste une autre façon de les proposer aux élèves en les ouvrant à l’interdisciplinarité c’est-à-dire que les enseignements vont pouvoir être dispensés par plusieurs professeurs au sein de ce que l’on va appeler les EPI, qui sont la principale innovation de la réforme.

Comment doit-on le comprendre ? Tout les élèves auront un peu de latin ?

Tous les élèves pourront avoir un peu de latin. Soit parce qu’ils le souhaitent, soit parce que le projet d’établissement le décidera. Le ministère a fixé 8 thèmes d’EPI, dont un thème dédié aux langues de l’antiquité. Et 6 de ces 8 thèmes devront être étudiés entre la 5ème et la 3ème. Donc ces enseignements pourront être imposés ou au moins proposés.

Les élèves en difficulté seront-ils mieux accompagnés avec cette réforme ?

Oui car avec le principe des EPI on pourra mettre plusieurs enseignants à disposition d’une même classe, ils pourront être 2 voire 3 pour 25 à 28 élèves donc ils seront plus disponibles pendant 3h par semaine. C’est peu mais déjà mieux que ce qui existe actuellement. C’est une vraie avancée car aujourd’hui en dehors de réclamer des dédoublements d’heures de cours utiles mais coûteux on ne sait pas prendre en charge d’élèves en réelle difficulté. Donc là on va essayer autre chose.

Vous comprenez les remarques très acerbes contre cette réforme ?

Je les comprends mais je ne les approuve pas, de même que les excès de langage. Considérer que l’on va détruire la culture commune ou niveler par le bas c’est excessif. Mais c’est aussi le reflet d’une certaine inquiétude qui est compréhensible. Voilà pourquoi il faut faire de la pédagogie et montrer que les choses ne sont pas aussi noires que les détracteurs le disent.

Cette réforme, il faudra du temps avant de savoir si elle est efficace…

Son véritable effet ce sera l’amélioration des capacités des élèves à l’entrée au lycée. Donc dans 4 ans, au minimum.

Est-ce qu’il faut garder le brevet des collèges ?

Je pense que son utilité est plus que discutable. Il est devenu trop artificiel. On fait un calque du bac de façon peu efficace. Le brevet n’a pas de caractère obligatoire pour quoi que ce soit dans la vie. Et il bride la liberté des enseignants en 3ème.

Propos recueillis par O.C