Madame la Ministre,

L'auteur de ce blog, créé il y a maintenant trois ans, se range délibérément du côté des progressistes en matière d'éducation. Persuadé que les pistes ouvertes par Vincent Peillon, et portées tant par les syndicats réformistes que par les associations partenaires de l'école ou que par nombre de praticiens de l'éducation, sont les bonnes, j'ai applaudi à votre réforme du collège, tout comme j'ai soutenu la réforme des rythmes scolaires à l'école, et l'ensemble des mesures décidées dans la loi d'orientation de 2013. Si la chose vous intéresse, vous trouverez ma défense de votre réforme à cet endroit : La réforme du collège est une nécessité.

Il me semble néanmoins important de réfléchir à l'un des pans les plus polémiques de cette réforme : le statut des sections européennes et des classes bilangues. Ces structures, à grande échelle, sont relativement sélectives, personne ici n'en doute (pas plus que quiconque n'ignore que cette remarque est fausse dans beaucoup de situations particulières). Avec le cynisme dont il est souvent capable, Jacques Attali l'a bien dit lundi, sur Twitter : "La disparition des classes bilangues et européennes pousserait les meilleurs élèves vers le privé, au détriment de la mixité sociale". Comment mieux reconnaître, implicitement, leur caractère socialement sélectif ? Comment mieux dire aussi que ces dispositifs sont pensés pour les bons élèves (qui dans l'esprit de Jacques Attali et de bien des commentateurs, se confondent avec les élèves issus de milieux favorisés) ?

Il y avait évidemment là matière à réflexion, dans une réforme qui entend placer le collège sous le sceau de l'égalité et de l'équité. Pour autant, je ne sous estime pas le contexte économique et budgétaire, qui contraint fortement cette réforme. Par conséquent, le fait de supprimer des heures de sections "sélectives" pour les redistribuer et ainsi permettre l'accroissement du volume horaire de langues de TOUS les élèves est un choix qui me semble logique. C'est toutefois, si je puis me permettre, un choix qui nécessiterait une approche un peu plus fine des réalités du terrain. Si l'on veut effectivement que les écarts se résorbent entre les établissements "de centre ville" (appellation approximative, mais commode pour comprendre de quoi on parle) et ceux des banlieues défavorisées, il faut aussi déséquilibrer l'offre de formation qu'il y a entre ces deux catégories d'établissement.

Dans cette logique, il me semble essentiel que si les dispositifs de type section européenne ou classes bilangues devaient être maintenus quelque part, ce soit bien dans les Réseaux d'Education Prioritaire, et particulièrement dans les REP+. Beaucoup de ces établissement, en effet, tirent leur mixité sociale (parfois très ténue) de ces dispositifs. Ce n'est pas, comme l'affirme Jacques Attali, le privé, qui serait bénéficiaire de leur suppression, mais les collèges localement "bien considérés", ceux qui ont la meilleure réputation chez les "initiés du système". Supprimer partout, sans discernement, les classes bilangues de collège, c'est prendre le risque de provoquer d'importants mouvement dans le cadre des assouplissements de la carte scolaire. C'est aussi retirer à certains jeunes une forme d'excellence à laquelle, faute de pouvoir la supprimer partout, ils ont tout autant droit que les autres.

 

Je ne suis pas (les lecteurs réguliers de ce blog le savent bien), un défenseur de l'excellence et de l'élitisme, loin s'en faut ! Mais ce qui est en jeu ici, c'est autre chose. C'est l'équité ; c'est une certaine forme de justice sociale, à laquelle votre réforme prétend par ailleurs apporter des réponses qui me semblent bonnes. Madame la ministre, il me semble que vous devriez reconsidérer votre position quant à l'eixstence des classes bilangues et sections européennes de collège dans les REP et les REP+. Précisément par ce que l''idéal d'égalité de votre réforme, dans lequel je me retrouve, le nécessite.