Découverte archéologique majeure :  les "interros surprise" existent encore ! Non, ne soyez pas sceptiques, je les ai rencontrées. Et comme dans le bon vieux temps (vous savez, quand tout était mieux, avant les dévastations des pédagogistes), elles jouent pleinement leurs rôles. Avec une efficacité et une précision que nul ne saurait remettre en question . 

 

- L'interro surprise valide l'adaptation au système : elle permet, par la réaction qu'elle suscite chez les élèves, de repérer immédiatement les adaptés et les inadaptés (désolé pour les termes, mais en archéologie, il faut adapter le vocabulaire de l'époque étudiée). Elle soumet, elle conditionne, elle envoie un message clair : tu ne sais pas pourquoi tu apprends ? Mais enfin ! Tu apprends pour apprendre, pour montrer au professeur que tu lui obéis, pour avoir une bonne note. Tu oublieras le contenu demain ? Pas grave, la note est acquise, le professeur est content, et toi aussi (enfin, si la note est bonne, bien entendu. Sinon, tant pis pour toi, tu n'avais qu'à apprendre sans te poser de questions idiotes).

- L'interro surprise assoit le pouvoir du professeur. Peu importe que ce pouvoir ait un sens ou pas, une légitimité : l'important est là. Le professeur doit montrer que c'est lui le chef. En maintenant les élèves dans l'expectative, dans le doute, dans la crainte, il est le chef ! Et avouons-le avec lui, c'est quand même jouissif, comme sensation, non ? Tenir les autres par la crainte et la sanction, c'est classe. Le seul qui échappera à cette peur et à cette soumission, c'est le cancre, le vrai, le légendaire, le "Boulard" de la BD. Lui, il s'en fiche d'avoir une mauvaise note à l'interro surprise, et même il s'en vante à la récré. Ceux que ça humilie n'iront pas le crier sur les toits, par contre, qu'on se rassure. Mais alors, on rate la cible ? Tant pis ! De toute façon on ne sait pas faire autrement.

- L'interro surprise permet de trier les élèves, le bon grain de l'ivraie : l'interro surprise ne surprend pas l'élève sérieux, qui apprend. Par contre, elle surprend et punit le vilain qui n'a pas appris sa leçon. Bon, certes, elle punit aussi le besogneux qui met plus de temps à apprendre, le malade qui exceptionnellement n'a pas été en capacité d'avaler sa bouillie quotidienne, ou l'absent qui n'a pas encore eu le temps de rattraper son cours. Certes elle dégoûte de la matière les élèves qui - parce que sérieux et de bonne volonté - voulaient s'y accrocher malgré leurs difficultés. Mais que voulez-vous ? La vie est injuste et tant pis, on ne fait pas d'omelettes sans casser d'oeufs. L'essentiel étant quand même pour le prof de déceler les sérieux et les paresseux. Sinon, comment voulez-vous qu'il remplisse les cases toutes faites dans lesquelles il a l'habitude ancestrale d'enfermer ses élèves ? Comment voulez vous que dès le collège, il se paie de mots en s'imaginant que les futures élites du pays sont là, devant lui ? L'interro surprise est un miroir aux alouettes ? Tant pis, dans certains milieux, on aime se fracasser contre les miroirs.

 

Bref l'interro surprise, degré zéro (et même zéro absolu) de la pédagogie a encore de beaux jours devant elle. Comme le redoublement, comme le DNB ou le Bac, comme toute forme de punition ou d'humiliation, elle est une des clés de voûte du système. Un des piliers sur lesquels repose la sélection et la reproduction de nos élites scolaire. Alors pourquoi changer ? En plus, elle a l'avantage de s'économiser le travail de réflexion sur ses propres pratiques. Pas besoin de formation pour pondre des interros surprise (ça peut même éventuellement servir d'alibi quand on n'a pas eu le temps de préparer son cours). Une belle source d'économie, ça.

 

 

P.S. : Ce billet est truffé d'expressions stupides et archaïques. Mais je les assume. Ce doit être le thème qui veut ça.

P.P.S. : J'ai fait un plan en trois parties, j'espère que ça me garantira une bonne note.