En 2014, le Bac ne vaudrait plus rien. Parce qu'il serait donné à tout le monde. C'est la vulgate conservatrice la plus platte, qui croit ainsi développer une pensée originale et moderne, en référence à un temps béni où le Baccalauréat était quelque chose, et consacrait le prestige des lauréats. Voici une preuve du contraire :

"Bachelier ! tel est l’axe autour duquel pivote la France intellectuelle et fonctionnaire. Bachelier ! Ce sont les Pères Jésuites qui nous ont valu le baccalauréat. Les premiers, grâce à leurs missionnaires, ils avaient pu, étudier en Chine le fonctionnement du mandarinat, des examens fantastiques à l’aide desquels il se recrute, l’omnipotence dominatrice qu’assure à un gouvernement une armée de serviteurs ainsi hiérarchisée

Et ils sont revenus de là-bas pour donner à notre enseignement cette empreinte dont l’Université ne s’est pas encore affranchie, dont elle a éliminé le bon pour ne prendre que le mauvais : la manie des programmes et des examens [...]

Le baccalauréat est mauvais à tous les points de vue, et d’abord parce qu’il ne prouve rien du tout. Que doit-il être, en effet ? Une affirmation de la bonne qualité des études faites par le candidat, une attestation que ce dernier « possède les matières exigées au programme ». Ces matières, si vous lisez ledit programme, constituent l’encyclopédie des connaissances humaines [...] Ce programme, pour être « su » exigerait la vie d’un homme intelligent, en admettant que cet homme ait toutes les aptitudes pour tous les genres de ce sport intellectuel qu’on appelle les matières de l’examen.

Or les jeunes potaches qui grimpent au mât de cocagne pour décrocher, en manière de timbale, le parchemin rêvé par leurs parents, subiront une épreuve écrite formée de deux ou trois compositions dont les sujets sont coulés dans un moule uniforme. Ils sont si bien coulés que les « boîtes à bachot », qui ont pris une empreinte de ce moule comme on prend l’empreinte d’un louis pour en faire une pièce fausse, y recoulent à coup sûr l’intelligence amorphe des jeunes gens dont on leur confie la préparation et fournissent des statistiques dont le pourcentage triomphant suffirait à. faire condamner le mode d’examen qui sert de champ à leurs succès. [...]

Ce n’est pas tout encore ; le baccalauréat est dangereux. Dangereux, parce qu’il donne à celui qui vient de l’obtenir une fausse idée de sa valeur personnelle. Dans notre pays de France, où l’officialité rayonne d’un éclat effrayant, tout ce qui a une allure de « papier d’Etat » prend un prestige invraisemblable. [...]

Quand on n’est pas bachelier, en France, on ne peut rien être ; quand on n’est que bachelier, on ne peut rien être non plus, à moins qu’on ne s’oriente vers la profession de cocher de fiacre, qui, depuis l’invention du- taximètre, a pris, il faut le dire, une allure plus scientifique. [...]

De plus, l’inégalité règne, dans cet examen, à un degré inouï. Ainsi les 8000 candidats sont divisés en séries de vingt-cinq. Généralement, six séries composent le même jour pour le même examen : Mais leurs compositions sont corrigées par des professeurs différents, les uns indulgents, les autres féroces. Ainsi, dans une série à jury aimable, des élèves médiocres seront admissibles, alors que, avec les mêmes sujets de composition, la série voisine, pourvue d’un jury anthropophage, « retoquera » des candidats relativement forts. [...]

Et ainsi se trouve vrai ce joli mot de Jules Simon : « Le baccalauréat est une clef qui ferme toutes les portes et qui n’en ouvre aucune. » "

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Texte et illustration extraits d'un billet de blog de La France pittoresque, d'après L'Echo de Paris en 1905.

 

En 2014, ces critiques existent toujours, et 686.907 candidats vont passer ce rituel religieux, à la réussite exclusive duquel nous les préparons depuis leur entrée en sixième, sinon avant. A méditer ...