La nomination de Florence Robine à la tête de la Dgesco est en soi un évènement. C'est la première fois en effet qu'une femme occupera ce poste, considéré comme le plus stratégique de la "maison Education nationale", immdiatement auprès du ministre. Mais elle revêt à mes yeux une autre importance : Florence Robine est d'un certain point de vue une militante, et sa nomination, dans la suite du passage de Jean-Paul Delahaye, marque l'avènement, que je veux croire définitif, d'une certaine conception de l'école. Conception déjà ancienne, mais qui tarde décidément à s'imposer sur le terrain.

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Florence Robine a été la co-rédactrice, en 2007, du rapport sur le LPC. Si la complexité et le caractère quelque peu "usine à gaz" de ce qui en a résulté a été, à juste titre, critiqué, jusque dans les pages de ce blog, il n'en reste pas moins que le symbole est d'importance : avec son arrivée aux côtés de Benoit Hamon, c'est la pérennité de l'évaluation et de l'apprentissage par compétences qui est consacrée. Ayant toujours considéré que le plaisir d'apprendre et l'attrait pour un champ disciplinaire étaient plus importants que de "finir le programme", Mme Robine a en outre tenu un certain nombre de conférences dans lesquelles elle précise une pensée tout à fait compatible avec les aspirations des milieux "pédaogistes" réformateurs. Ainsi cette conférence, qu'elle prononça à l'Esen en 2009 devant une promotion de nouveaux personnels de direction (j'invite notamment à regarder la partie "prospective" du diaporama joint à la conférence, à partir de la page 20) : On y retrouve peu ou prou tout un programme en faveur d'une école bienveillante, centrée sur les apprentissages et l'égalité, plus que sur la transmission des savoirs et la sélection par les notes ou par l'orientation. Une doctrine tout à fait compatible avec la "refondation" de Vincent Peillon, qui lui avait déjà confié la tâche difficile de faire réussir l'académie de Créteil. Une conception très proche par exemple de l'école du socle, qu'elle défend dans une autre conférence, à propos d'une expérimentation conduite dans le département de l'Indre-et-Loire.

Mais la nomination de Mme Robine n'est pas une rupture, et c'est de ce point de vue qu'elle revêt une importance toute particulière. Car son prédécesseur, Jean-Paul Delahaye, à qui l'historien Claude Lelièvre, très proche des milieux "refondateurs", a rendu un vibrant hommage, était peu ou prou sur la même ligne. C'est donc bien l'école de la bienveillance, chère à Vincent Peillon, qui s'impose. Une école appuyée sur les piliers de sa "refondation", qui n'est rien d'autre, à y regarder de près, que la mise en pratique des résultats de la recherche en sciences de l'éducation de ces dernières décennies : volonté réelle de résorber par l'école les inégalités (et pas seulement l'inégalité "des chances"), système (re)centré sur l'élève, le plaisir d'apprendre, l'acquisition de compétences et de connaissances plus que sur la transmission mécanique des savoirs, la sélection par la note ou par l'orientation ou la primauté de "l'excellence" comme seul modèle de réussite.

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L'école bienveillante et formatrice, au détriment, enfin, de l'école héritée des jésuites. Voilà à quoi, peu à peu, l'institution scolaire s'est attachée. La nomination de Mme Robine est une nouvelle étape dans cette mutation, lente mais essentielle, à laquelle il reste le plus dur à faire : convaincre l'immense majorité des personnels (et pas que des enseignants !), qui n'a jamais connu un tel système. Des personnels qu'il s'agira, encore et toujours, de convaincre notamment du caractère inéluctable de ces changements.