Il m'arrive d'entendre ici ou là des propos à l'emporte-pièce concernant l'évaluation par compétences et les transformations pédagogiques qu'implique sa mise en oeuvre. En substance, l'idée semble se diffuser, dans (certains ?) milieux enseignants, que si l'institution n'en parle plus, c'est parce que cette importante transformation pédagogique n'est plus à l'ordre du jour.

 

Il me semble pour ma part que cette idée est erronée, et qu'elle se diffuse essentiellement chez ceux qui peinent à comprendre comment les choses se passent (ou qui feignent de ne pas le comprendre). S'il est vrai que l'évaluation par compétences n'a pas que des amis, y compris dans la haute hiérarchie de l'éducation nationale, elle n'en n'est pas moins toujours d'actualité. La refonte du socle commun fait partie des missions confiées par le ministre au Conseil supérieur des programmes : "Nouvelle définition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture". Socle commun dont la loi d'orientation votée l'an dernier a par ailleurs rappelé le caractère central dans la refondation de notre école.

Si l'évaluation par compétences reste donc à l'ordre du jour, la confusion vient sans doute d'un certain flottement, perceptible ces derniers mois, essentiellement autour de l'utilisation du LPC et du contenu du Socle Commun. Il est malgré tout nécessaire, sur le terrain, de continuer à mener la réflexion sur les modalités de sa mise en oeuvre, voire de sa généralisation. Enfin, et dans le souci de lever toute ambiguïté sur le devenir de l'évaluation par compétences, il est également nécessaire de poursuivre la réflexion sur les deux principaux freins actuels à sa généralisation : 

  • La version actuelle du LPC, véritable usine à gaz qui détourne les enseignants de leur mission première, qui est d'enseigner et d'accompagner les élèves. Les critiques sur le temps perdu à remplir des cases, à discutailler élève par élève, item par item, de "qui validera", "qui décidera en cas de désaccord sur un item", etc, sont des critiques tout à fait recevables. Le temps passé à certifier des compétences est du temps perdu pour les faire acquérir et les évaluer. Répétons-le encore une fois : cette façon de faire est le meilleur moyen de bloquer une réforme tout en faisant officiellement mine de la mettre en place.
  • Le maintien parallèle du système de notation traditionnel. Tant que cette dualité dans l'évaluation perdurera, l'évaluation par compétences ne se généralisera pas. Car elle est chronophage, d'autant plus si une production d'élève doit être évaluée selon deux procédures, en d'autres termes évaluée deux fois. Pour les enseignants qui veulent pratiquer l'évaluation par compétences et qui maintiennent une évaluation chiffrée pour satisfaire à ce qui n'est rien d'autre que la force des habitudes, c'est une double peine en terme de charge de travail. Entre les deux, il faut donc clairement choisir, et bien entendu assumer ce choix à tous les niveaux de la hiérarchie.

 

On le voit, l'évaluation par compétences reste bien à l'ordre du jour des réformes de notre Ecole. Mais elle doit être à la fois davantage portée par la hiérarchie (sous une forme qu'il lui appartient de décider) et prendre toute sa place dans les pratiques de classe et la formation des enseignants. Or sa place, c'est celle qu'occupe depuis maintenant plus de deux siècles l'évaluation chiffrée.