Au ministère de l'Education nationale, l'heure semble être à la fermeté. En tout cas dans le discours. Vincent Peillon vient en effet de demander aux directeurs d'école de convoquer les parents qui ont répondu, hier, à un appel au boycott des cours baptisé 'journée de retrait de l'école". L'objectif du ministère semble être de reprendre l'avantage sur le terrain de la pédagogie. A la sortie du Conseil des ministre, Vincent Peillon a précisé que ses insctructions visaient à "expliquer à ces parents la réalité des choses [et] leur rappeler que dans notre pays il y a une obligation scolaire à l'égard des enfants". Un ton de fermeté qui est le bienvenu, car l'épisode d'hier a des précédents, et risque d'avoir des conséquences fâcheuses.

 

En effet, "boycotter" l'école est devenu, de la part des parents, un mode de communication assez répandu. Inutile de revenir longuement sur cette "journée de retrait de l'école". La presse (et le ministère) en ont abondamment parlé ce matin et hier. En substance, il s'agit d'une manipulation de groupes d'extrême droite, dans le sillage de l'essayiste Farida Belghoul, en réaction à l'expérimentation "ABCD de l'égalité". Cette expérimentation, destinée à lutter contre les stéréotypes sexués (et sexistes) à l'école, a été malhonnêtement déformée par quelques extrémistes, qui ont laissé croire à des parents (quand même un peu crédules, pour rester poli) qu'on allait apprendre à leurs enfants à se masturber en maternelle, leur vanter les mérites du changement de sexe, le tout sous la houlette de militants LGBT. Une ineptie digne de la rumeur d'Orléans, mais qui a pris ...

Souvenons nous également de cette initiative lancée par le mouvement soi-disant apolitique des "gilets jaunes" contre la réforme des rythmes scolaires. Officiellement, il s'agit un peu partout de dénoncer les conditions de mise en oeuvre de la loi Peillon, qui n'aurait pas été assez concertée. C'est vrai dans certains endroits, mais est-ce une raison pour aller jusqu'à déscolariser temporairement son enfant ? Une telle manoeuvre de chantage a déjà été organisée le mercredi 13 novembre dernier, entraînant d'ailleurs une confusion totale avec le mouvement de grève des enseignants du premier degré (dont je ne partageais pas les revendications, mais qui était indiscutablement légal et conforme au mode de fonctionnement des corps intermédiaires dans une démocratie). Les "Gilets Jaunes" appellent à une nouvelle journée de Boycott national le 14 février prochain, "au nom des enfants". C'est tellement facile de parler au nom des enfants pour avancer ses propres égoïsmes et défendre ses intérêts individuels ! On pourra trouver facilement sur Internet leurs revendications, et essayer de comprendre à quoi cela peut aboutir, sinon au retour pur et simple à l'aberrante et néfaste semaine de quatre jours imposée par Xavier Darcos en 2008.

Ces mouvements de boycott sont graves. Ils ne sont pas de même nature, bien entendu. L'un est rétrograde et réactionnaire, l'autre se veut militant, et engage essentiellement les valeurs d'un individualisme forcené. Mais leurs conséquences sont les mêmes : dans les deux cas, l'école passe au second plan. Mettre son enfant à l'école ou pas est devenu une variable d'ajustement dans des revendications fourre-tout, au mépris du moindre sens civique. Boycotter l'école, c'est envoyer en substance aux enfants un message sur le caractère "secondaire" de celle ci. Si papa et maman ne me mettent pas à l'école pour montrer qu'ils ne sont pas contents, c'est qu'ils ne sont pas contents de mon école. Alors j'y vais pour quoi faire, les autres jours ?

 

L'institution scolaire est salie par de tels mouvements, qui sont toujours la volonté d'instrumentaliser une revendication à des fins personnelles (qu'elles soient identitaires ou "de confort"). Elle y perd de son autorité, de son importance symbolique, et elle s'y discrédite. Oui il est irresponsable de refuser d'envoyer un enfant à l'école ! Oui ce geste revêt une charge symbolique particulièrement négative et anti-civique ! Oui, c'est un très mauvais exemple pour les enfants ! Oui, Vincent Peillon a raison de taper du poing sur la table !! Nul ne peut s'affranchir de l'obligation scolaire. Respecter la loi, en ce qu'elle est le ciment de notre vivre-ensemble, est le premier enseignement que nous devons à nos enfants. Car il leur donne le cadre nécessaire à l'exercice de leur liberté citoyenne. Il faut en finir avec ces pratiques qui sortent du cadre du débat démocratique ordinaire, et qui déshonorent ceux qui s'y livrent.