[Article initialement paru sur ce blog le 15 janvier dernier. Remis à jour suite au lancement, aujourd'hui, de la refondation de l'éducation prioritaire par Benoït Hamon : voir en fin d'article]

 

Le plan de rénovation des ZEP a été présenté par Vincent Peillon lors du conseil des ministres de ce matin. Sous réserve des compléments qu'il apportera lors de sa conférence de presse de demain, il est d'ores et déjà possible de relever les grandes lignes du programme, autour de trois temps forts et d'une idée centrale qui dépasse largement le cadre des ZEP

[par convention, le terme "établissement", sauf mention contraire, désignera ici aussi bien les écoles que les collèges]

 

  • Les élèves

Le ministère compte utiliser les ZEP comme point de départ de son projet de développer la scolarité avant 2 ans (engagement n°37 du candidat Hollande). Avant la fin du Quinquennat, Vincent Peillon se fixe comme objectif que les enfants de moins de 3 ans relevant d'une ZEP soient scolarisés à hauteur de 30 %. Un enjeu crucial si l'on considère que l'inégal accès à la culture, et notamment à la fréquentation des livres, est une des causes majeures des inégalités en début de scolarité.

La clé de voute du dispositif sera néanmoins plus vaste, et s'appuiera sur la généralisation de l'innovation pédagogique, dont les ZEP sont appelées selon le ministre à devenir "Le lieu privilégié". Force est de reconnaître qu'elles le sont déjà le plus souvent (surtout à l'école, moins au collège pour le moment, et sans doute assez peu dans les quelques lycées labellisés ZEP, pression du Bac oblige). Force est aussi de reconnaître que ce n'est pas toujours le cas et qu'en l'occurrence c'est une anomalie. Notre système scolaire, pensé et développé pour des publics scolaires qui n'ont rien à voir avec celui des ZEP d'aujourd'hui, valorise des pratiques pédagogiques qui n'y ont pas leur place. Force est aussi de constater qu'ici ou là (mais est-ce spécifiques aux ZEP ?) des équipes innovantes sont bridées par une hiérarchie parfois tatillonne, parfois frileuse, parfois conservatrice. Il est donc heureux que le ministre le dise clairement et l'affiche comme une ambition : désormais, l'innovation pédagogique est appelée à devenir la règle en ZEP (et donc, triomphe ultime pour une innovation qui réussite, à ne plus y être considérées comme une innovation). L'initiative partira du terrain, mais l'appui du ministère est essentiel pour assurer la réussite des opérations, notamment les plus novatrices. Restera à conquérir l'entre-deux, la hiérarchie intermédiaire, sans laquelle le système risque rapidement de se gripper. A ce titre, il sera intéressant de voir dans le détail ce qu'il est prévu pour les personnels d'encadrement qui travaillent dans les ZEP et tentent de les faire vivre.

  • Les personnels

Les personnels enseignant en ZEP semblent devoir être particulièrement soignés par le gouvernement. Les indemnités des personnels exerçant en ZEP seront revalorisées "substantiellement", cette revalorisation pouvant doubler dans les établissements les plus difficiles.

Traditionnellement, l'opposition des syndicats et des personnels se focalisent sur le fait que l'argent ne fait pas tout, que la reconnaissance de la spécificité des ZEP passe également par des ajustements de service pour laisser du temps à la concertation, à l'échange avec les familles, etc. Or précisément, le ministre semble vouloir répondre à ces attentes. "les enseignants des 350 réseaux les plus difficiles bénéficieront d’un temps pour se former, travailler en équipe et développer les relations avec l’élève et sa famille." Rappelons que les dispositions initiales parlaient de 100 établissement. L'effort est donc conséquent, sous réserve que les décharges ainsi obtenues ne soient pas "par obligation" compensées en heures supplémentaires, ce qui bien entendu en amoindrirait considérablement l'efficacité.

Troisième volet du dispositif de revalorisation des enseignants : la carrière, pour l'accélération de laquelle les passages en ZEP seront mieux pris en compte. Notamment pour l'accès au GRAF (Grade à Accès Fonctionnel), un nouveau statut actuellement en cours d'élaboration au ministère.

Les enseignants seront, pour finir, l'objet de toutes les sollicitations en terme de formation continue. L'objectif clairement affiché semble être de leur faire acquérir une "véritable culture du collectif". Un pari audacieux dans une profession dont le réflexe individuel reste le plus souvent la norme, y compris dans des endroits ou ces réflexes sont de nature à dégrader sensiblement les conditions de travail. Le modalités du plan de formation continu et des modalités du "renforcement de l'accompagnement des nouveaux personnels et des équipes" ne sont pas encore connues dans le détail.

  • Les établissements

Les établissements de ZEP, à l'instar des personnels qui y travaillent, seront mieux dotés que l'ordinaire. En premier lieu, le plan prévoit la généralisation aux 7000 écoles de ZEP du dispositif "plus de maitres que de classes". L'échéance retenue par le ministre pour y parvenir est la fin du quinquennat. On notera également un retour au thème des "orphelins de 16h30" cher à Nicolas Sarkozy, repris ici sous une forme davantage tournée vers la dimension éducative : "Dans tous les collèges de l'éducation prioritaire, les élèves de 6e seront pris en charge de façon continue jusqu'à 16h30". Des assistants d'éducation supplémentaires seront recrutés, de façon à mettre à profit les heures libres des élèves, en leur faisant pratiquer "des activités pédagogiques et éducatives en petits groupes". Les écoles ne sont pas évoquées, sans doute parce que cette dimension là du problème est déjà prise en compte dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires.

Notons enfin que la réforme des ZEP devrait consacrer le retour des internats d'excellence, stoppés dans leur développement l'an dernier parce qu'ils ne remplissaient pas, à grands frais, les objectifs qui leur étaient assignés. Dans les ZEP, il s'agira de développer des "Internats de réussite", remplis sur des critères beaucoup plus larges que leurs prédécesseurs, essentiellement centrés sur la notion de mérite. Celle-ci semble devoir disparaître, au profit d'une gestion plus pragmatique des places d'internat, tenant mieux compte des conditions familiales et sociales des élèves concernés.

 

  • Des laboratoires pour une éducation nationale enfin en phase avec son temps ?

A la lecture de tout cela, il se dégage le sentiment qu'au delà des ZEP, c'est une grande partie de son projet de refondation de l'école que le ministre tente de relancer. Développement des activités pédagogiques en dehors des cours, déploiement de maîtres supplémentaires dans les petites classes de l'école élémentaire, innovation pédagogique : autant de thèmes qui figurent dans la loi d'orientation votée l'an dernier et qui peinent à trouver leur marque sur le terrain. Autant de thèmes qui consacrent une idée-clé de la réforme de l'Ecole depuis des décennies : la pédagogie moderne est le nerf de la guerre.

Il est souhaitables, à ce titre, que les annonces faites aujourd'hui (et détaillées demain) puissent aboutir dans les meilleurs délais. Ces transformations seront alors de nature à relancer la rénovation de notre école toute entière. Les ZEP sont donc bien appelées, avec ce train de mesures, à (re)devenir le laboratoire d'expérience de l'Education nationale. Avec une idée clé frappée au coin du bon sens : c'est là où les besoins sont les plus urgents qu'il faut commencer par réformer.

 

[ajout du 16 janvier]

Pour compléter cet article, se référer à :

- La conférence de presse du ministre tenue ce matin.

- La revue de presse que je signe dans les Cahiers Pédagogiques

 

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[Ajout du 9 avril]

Le nouveau ministre de l'éducation nationale, BenoÎt Hamon, semble vouloir mettre ses pas dans ceux de son prédecesseur, et poursuivre son travail de "refondation" de l'Ecole. Ce matin, en Sorbonne, il organisait une rencontre autour des 102 REP+ "préfigurateurs" de la nouvelle politique d'éducation prioritaire. Il s'agit pour l'essentiel de décliner et de préciser les annonces faites par Vincent Peillon en janvier dernier. Force est de constater que là plus encore qu'en d'autres domaines, le nouveau ministre de l'éducation nationale, BenoÎt Hamon, semble vouloir mettre ses pas dans ceux de son prédecesseur, et poursuivre son travail de "refondation" de l'Ecole.

Le site du ministère de l'Education nationale consacre une page entière à cette journée, sur laquelle on pourra notamment trouver la liste complète des 102 premiers réseaux "REP+", une infographie sur les mesures-clé dont ils vont bénéficier à compter de la rentrée 2014. On y trouve également un nouveau "référentiel pour l'éducation prioritaire", dont le propos semble bien aller au delà des seuls réseaux REP+ (qui, rappelons-le, ne sont que le premier étage d'un dispositif plus large, qui recouvrira à peu de choses près l'actuelle carte des Réseaux de Réussite Scolaire). Ce référenciel se décline autour de six axes : 

  • Garantir l'acquisition du "Lire, écrire, parler" et enseigner plus explicitement les compétences que l'école requiert pour assurer la maîtrise du Socle commun.
  • Conforter une école bienveillante et exigeante (Organisation pédagogique, évaluation et suivi des élèves)
  • Mettre en place une école qui coopère utilement avec les parents et les partenaires pour la réussite scolaire
  • Favoriser le travail collectif de l'équipe éducative
  • Accueillir, accompagner, soutenir et former les personnels
  • Renforcer le pilotage et l'animation des réseaux

Plus d'informations sur le site du ministère ou en téléchargeant le dossier "Lancement de la refondation de l'éducation prioritaire" (au format PDF)