Vincent Peillon a fait paraître au Journal Officiel d'aujourd'hui le décret "portant expérimentation d'une procédure d'orientation des élèves dérogeant à l'article L. 331-8 du code de l'éducation", autrement dit, autorisant les expérimentations de "libre choix d'orientation". Cette publication, a bien des égards, revêt une dimension bien plus symbolique qu'opérationnelle. Elle pose, en outre, la question cruciale de l'éducation à l'orientation, qui est le véritable enjeu de ce dossier.

 

L'éducation à l'orientation est en effet cruciale. Elle figure d'ailleurs dans le décret, ce que ne mentionne pas l'article du Café : "Après la mise en œuvre des dispositions prévues par les articles D. 331-26 à D. 331-32 du code de l'éducation [...]". Les articles cités sont précisément ceux qui définissent l'éducation à l'orientation.

Cette éducation, toutefois, n'est intéressante que si elle est clairement définie. Car on sait tous, en réalité, que l'orientation des collégiens et des élèves de seconde est d'abord l'histoire d'une lutte d'influence. Beaucoup trop de professeurs, de COP, et de chefs d'établissement considèrent encore l'orientation des élèves en difficulté comme une aide à choisir ce qui n'est pas réaliste pour eux. Or le caractère "irréaliste" d'une orientation est bien souvent le fruit de nos propres perceptions culturelles et de notre propre relation à l'école. Notre vision de l'orientation est donc nécessairement "orientée". C'est une des causes essentielles des inégalités scolaires (et sociales, qui ne se recoupent pas tout à faite) devant l'orientation, que l'article du Café pédagogique rappelle fort à propos. Lorsque nous nous adressons à des familles culturellement éloignées de l'école, il faut faire attention à notre discours, et (pour caricaturer) éviter les formules du type "mais vous savez, pour lui, une seconde professionnelle c'est déjà très bien !". Tiendrait-on ce genre de discours à nos propres enfants, même en difficulté ? A l'inverse, prenons garde de ne pas décourager un enfant de cadre ou d'enseignant qui a un projet d'apprentissage, au prétexte qu'il a d'assez bons résultats scolaires et qu'une seconde générale pourrait s'envisager. Car nous le faisons trop rarement pour les enfants de milieux défavorisés, dont il nous apparaît inconsciemment plus "logique" de les voir partir en apprentissage.

Parvenir à s'affranchir de ces préjugés est essentiel. Éduquer à l'orientation, ça doit être informer, faire découvrir, donner tous les éléments nécessaires à la prise de décision. Mais sans influence, autant que possible. En cela, je trouve que le plus important dans ce décret, n'est pas qu'il laisse finalement le choix à la famille, car sur le terrain, depuis quelques années, c'est assez largement comme ça que les choses se passent. Ce qu'il a d'important, ce décret, c'est qu'il rappelle - de façon certes indirecte - qu'il faut aider les élèves à choisir, et non pas les aider à comprendre ce que l'on a - consciemment ou non - choisi pour eux. L'orientation choisie n'a de sens qu'à ce prix.