Sans appel rituel est saisonnier à la grève, sans pression excessive sur les instances décisionnaires, sans effets de manche, sans psychodrames ni jeu de rôle surjoué, les discussions sur le temps de service des enseignants aboutissent peu à peu à des améliorations. Il appartiendra aux premiers concernés de juger de l'utilité de ces avancées. Il leur appartiendra de mesurer si l'agressivité et le jusqu'auboutisme n'auraient pas conduit à un pourrissement de ce dossier, ne permettant aucune des avancées rendues possibles par un dialogue social enfin apaisé.

 

Premier chantier marqué par des avancées : l'égalité de traitement entre enseignants du premier et du second degré dans les établissements de l'éducation prioritaire.

Par une lettre en date du 28 novembre adressée à Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa, le ministre confirme que les décharges horaires initialement prévues pour les seuls enseignants des collèges de l'éducation prioritaire, sont étendues aux professeurs des écoles exerçant en ZEP, ou plus exactement "dans les zones les plus difficiles de l'éducation prioritaire" (ce qui n'est pas tout à fait la même chose). Il y a là une cohérence qui trouve tout son sens dans le rapprochement progressif entre le collège et les écoles. Ce rapprochement ne concerne pas que les ZEP, certes. Mais c'est sans doute là qu'il est le plus urgent de le faire vivre, de donner une cohérence à la période de la scolarité obligatoire.Et notamment dans les ZEP les plus difficiles. Dans le cadre du renforcement de l'école du socle, de la mise en place d'un cycle CM1-CM2-6ème et de la création d'un conseil écoles-collège, il est en effet essentiel qu'il y ait une convergence des statuts des professeurs concernés. Comment mettre autour d'une même table, pour élaborer un même projet, des enseignants qui sont déchargés de cours pour le faire, et d'autres pour lesquels ce travail vient s'ajouter à la liste déjà longue des tâches à accomplir au quotidien ? Il est entendu que ces avancées devront à terme se généraliser, et concerner l'ensemble des écoles et des collèges du territoire. Néanmoins, parce qu'il est bien évident qu'enseigner en ZEP est plus compliqué, fatiguant et chronophage, à niveau de classe égale, que d'enseigner en centre-ville ou dans les banlieues favorisées, il est logique de commencer par les ZEP. La généralisation est bien entendu l'objectif, mais le déploiement provisoire aux seules ZEP les plus difficiles est une avancée, qu'il serait dommageable de refuser, dans l'intérêt évident des enseignants, et dans l'intérêt plus évident encore des élèves les plus fragiles.

 

Second domaine dans lequel les choses avancent : le statut des directeurs d'école.

Dans ce domaine, le SE-Unsa a obtenu récemment une revalorisation indemnitaire des directeurs d'école, pour une enveloppe globale de 8 millions d'euros. Dans le document de travail initial du ministère, il n'était pas question de revalorisation indemnitaire. Par une action syndicale là aussi fondée sur le dialogue plus que sur le menace et l'outrance verbale, les syndicats réformistes ont obtenu que dans la deuxième mouture du texte, l'indemnité des directeurs d'écoles soit revalorisée. Elle sera désormais de 500 € par an au lieu de 300 pour les directeurs d'écoles de 1 à 3 classes ; de 700 € au lieu de 300 pour les directeurs d'écoles de 4 classes ; de 700 € au lieu d'environ 575 pour les directeurs d'écoles de 4 à 9 classes ; inchangée pour les directeurs d'écoles de 10 classes ou plus, qui sont déjà totalement déchargés d'enseignement. 

A titre personnel, je suis favorable à ce que le statut des directeurs d'école évolue bien plus radicalement. Tellement radicalement, que la solution passe par une suppression pure et simple de ce statut, avec formation et intégration des directeurs d'école dans le corps des personnels de direction. Diriger un groupe d'écoles, cohérent en terme de répartition géographique, est en effet sans doute aussi complexe que de diriger un collège ou un lycée. Il sont d'ailleurs nombreux, les directeurs d'école qui se présentent au concours de recrutement des personnels de direction. Est-ce vraiment un hasard statistique ? Je ne crois pas. Il y a là la recherche, dans les limites actuelles du système, d'une mise en adéquation de leur rémunération avec leurs compétences et avec la charge de travail qu'ils acceptent de fournir. Des groupements d'écoles, transformés en établissements publics, dotés d'un conseil d'administration et d'un budget propre, dirigés par un chef d'établissement, et suivis pédagogiquement par un IEN, seraient une avancée sans précédent. La rémunération des directeurs serait alors reconnue à hauteur de la réalité de leur travail, et les relations écoles-collège s'en trouveraient sans doute d'autant simplifiées ! A titre purement corporatiste, cela accroitrait également les possibilités de mobilité de principaux et proviseurs, qui sont nombreux à estimer qu'une direction de groupements d'écoles constituerait une perspective de carrière tout à fait satisfaisante.

 

Ce n'est pas dans cette direction, toutefois, que le ministère semble se diriger. Il faut donc faire avec l'existant et, là aussi, comprendre que de petites avancées sont toujours préférables à la revendication d'un "grand-soir des statuts" qui n'arrivera sans doute jamais. Des avancées modestes valent mieux, pour les personnels, que les effets de manche et l'immobilisme de revendications impossibles à satisfaire.