La revue de presse d’aujourd’hui est placée sous le signe du temps. Temps qui passe, temps que l’on maîtrise ou temps que l’on prend pour le bien des élèves et pour l’intelligence de nos professions : chacun sa définition et sa perception, car comme le rappelait ce matin sur France Culture le physicien Etienne Klein, le temps est sans doute la seule dimension qui n’a ni début ni fin.

 


Le temps de la réforme et celui des médias : le cas des vacances d’été

« Ecole : Peillon promet des discussions sur les vacances scolaires en 2015 » nous apprennent Les Echos, en contrepoint aux informations qui circulaient hier sur un probable report sine die (en fait après 2017) de cette réforme.

Dans l’Express, Marie-Caroline Missir tente la difficile synthèse entre les différentes informations (« Vacances scolaires : Peillon plie mais ne renonce pas »). A l’image de la pause fiscale qui interviendra quelque part entre 2014 et 2015, la réforme du calendrier scolaire devrait intervenir quelque part entre 2015 et 2017. Victoire pour les syndicats d’enseignants, ou souci de laisser du temps à la réflexion de la part du ministre ? Jean-Paul Delahaye tranche. Joint par l’Express, le DGESCO explique que le calendrier publié ces jours-ci est conforme à la législation actuelle, mais que la discussion porte précisément sur l’évolution de cette législation, et que rien n’est don encore figé. Beau jeu d’équilibriste, rendu nécessaire, en ce domaine comme en d’autre, par une pression médiatique de laquelle les politiques et leurs conseillers ont décidément le plus grand mal à s’affranchir.

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Le dessin de Fabien Crégut

 

Maîtriser le temps, l’obsession des élites

Pour la sociologue Muriel Darmon, les classes préparatoires fabriquent « une jeunesse dominante ». Ce reproche leur est souvent adressé, alors la sociologue a voulu voir, sur le terrain, de quoi il retournait. Deux années d’observation dans un lycée de province. Deux années à suivre les commissions de recrutement, les conseils de classe, les concours, etc. Deux années pour écrire les classes préparatoires. La fabrique d’une jeunesse dominante, paru à La Découverte. Et une conclusion édifiante : ce que les élèves de CPGE apprennent avant tout, c’est à maîtriser le temps, à le contrôler. Et cela leur donne un avantage décisif dans l’accès aux fonctions dirigeantes, quel que soit le domaine considéré. C’est ce que retient Le Monde dans sa recension de l’ouvrage sous le titre "Classes prépa : la fabrique des maîtres du temps".
A cette analyse, L’Express donne une dimension supplémentaire, dans son article "inégalités scolaires : une affaire de corps", curieusement intitulé puisqu’il y est essentiellement question du rapport au temps. « Ces remarques font en outre écho aux travaux d’un autre sociologue, Stéphane Beaud, que Muriel Darmon cite, qui avait lui montré que les étudiants issus des cités se laissaient décrocher à l’université parce qu’ils vivaient un temps élastique, et n’avaient pas intériorisé les contraintes temporelles. »

Prendre le temps de rendre notre monde plus intelligent

Le Café pédagogique, dans un article intitulé « La pensée Freinet pour une pédagogie du sens », fait une large place à l’ICEM – pédagogie Freinet, qui organisait hier à la maison des métallos, dans le XIème arrondissement, le 4ème « salon Freinet ». En conclusion de son article, le Café précise : « Le Salon Freinet aura montré une fois encore, s’il en était besoin, à quel point la manière de penser la pédagogie de l’instituteur anticonformiste et défenseur de l’éducation populaire, peut vivifier et nourrir le débat actuel sur les difficultés de l’enseignement. Une vitalité qui pourrait presque faire souhaiter que le mouvement demeure à l’abri de l’institutionnalisation et de ses inévitables dérives dogmatistes ». Cette conclusion sera toutefois nuancée par les propose de certains intervenants, pourtant cités dans l’article, pour lesquels leurs propositions, si elles intéressent le ministre, peinent toutefois, précisément, à entrer dans les pratiques de l’institution. Gageons, par optimisme délibéré, que ce n’est là aussi qu’une question de temps.

Il y a un an, pour sa part, Marie Desplechin s’était rendue dans un collège de Lille, le collège Verlaine, pour y dresser en compagnie d’étudiants de l’IEP, quelques portraits d’élèves. Elle y avait également rencontré des adultes, qu’elle s’était promis de revenir voir. Promesse tenue, avec cette brillante série de trois émissions radiophoniques, dans le cadre de l’émission de France Culture « Les Pieds sur Terre ». Entretien très libre, au rythme que chacun a bien voulu accorder à l’écrivain, avec une femme de service (émission de lundi), la principale (émission de mardi) et un enseignant du collège (émission de mercredi). Une série d’émissions qui vaut tous les discours sur l’école, et qui montre que finalement, le temps n’est sans doute pas la problématique principale des difficultés de notre école. L’humanité des acteurs, elle, par contre, est essentielle.

Et si, malgré tout, la réforme de l’Education nationale n’était qu’une question de temps ? Réponse, peut-être, ce soir, sur la Chaîne Parlementaire LCP-AN, qui diffuse un reportage intitulé « Réformer l’Education nationale : mission impossible ? ». On trouvera une recension de l’émission, par exemple, sur le site du Nouvel Observateur.

 

[retrouvez l'original de cette revue de presse sur le site des Cahiers Pédagogiques : http://www.cahiers-pedagogiques.com/Revue-de-presse-du-jeudi-19-septembre]