Pression. C'est le mot qui me vient à l'esprit en cette rentrée scolaire, première de la Refondation chère à Vincent Peillon. A tous les étages, notre système souffre de cette fichue pression, que le ministre a, sur France Inter ce mardi, appelé à combattre. Cette exhortation vient en echo à un livre, probable best seller de ce début septembre, le témoignage de Justine Touchard. Certes, on rétorquera que ce témoignage est suspect de "plan comm' ", l'auteure étant la fille d'une journaliste, et son témoignage tendant à masquer les milliers d'autres du même type, qui restent anonymes parce que leurs auteurs n'ont aucun réseau relationnel ni aucun relais médiatique. Il n'en reste pas moins qu'il pointe du doigt ce qui semble être l'une des gangrènes majeures de notre système : le culte de la "pression", qui serait nécessaire à la réussite du plus grand nombre, et une réponse concrète et sérieuse à la dureté du monde qui attend nos chères têtes blondes.

 

Desserrer la pression à l'école est essentiel pour les élèves. On le voit avec l'exemple de Justine Touchard; on le voit avec la montée en puissance, ces dernières années, de la notion de "Refus scolaire anxieux" (terme technique plus proche - parait-il - de la réalité des choses, mais qui est presque synonyme de phobie scolaire); on le voit avec la position souvent très défiante de certains parents, eux mêmes marqués par une scolarité difficile, etc. Mais desserrer la pression, c'est aussi essentiel pour les enseignants. Car (sans langue de bois aucune) des cas de phobie scolaire chez les enseignants, ça existe aussi. Et souvent, ils sont dramatiques.

Pression du concours sur les postulants (sans doute le pêché originel car cette pression "formate" les enseignants), pression excessive de la hiérarchie sur les enseignants, pression excessive des enseignants sur les élèves, des enseignants entre eux, des élèves entre eux (ah les joies des comparaisons de notes à la récré ou de la course aux récompenses inutiles lors des conseils de classe !), des parents sur les enseignants (qui ne donnent pas assez de travail, ou qui ne finissent pas le sacro-saint programme), des enseignants sur les parents (qui ne suivent jamais assez leurs enfants à la maison), des parents sur leurs enfants (qui ne réussiront jamais dans la vie s'ils ne sont pas premier de la classe). Bref, enfants, parents, enseignants, tout le monde est à un degré ou à un autre victime de cette pression que l'opinion générale (formule assez vague pour ne pas avoir à s'interroger sur la réalité qu'elle recouvre) finit par intérioriser et par considérer comme normale. C'est cette pression sociale, paraît-il, qui pousse les enseignants à "mettre la pression" sur leurs élèves. C'est elle aussi qui pousse les familles, dans une logique de féroce concurrence sociale, à mettre la pression sur l'institution (avec par exemple cette étonnante contradiction qui consiste à trouver normal que la loi qui interdit les devoirs écrits à la maison ne soit pas respectée par l'immense majorité des professeurs des écoles, eux mêmes pressés par les familles d'en faire toujours plus).

 

C'est dont tout un paradigme qu'il faut changer pour que notre école aille mieux. Et le remède est simple à écrire : faire baisser la pression à tous les niveauxSouvent à cour d'argument, on rétorquera que la pression est un mal nécessaire, et qu'après tout, il en faut pour faire avancer le système, ou pour préparer les jeunes à l'âpreté de la vie qui les attends. On en arrivera même parfois à arguer que nous avons bien, nous, surmonté cette pression et que nous n'en sommes pas morts. Outre que ce n'est pas vrai pour tout le monde, est-ce une raison pour traiter nos enfants et nos enseignants de la sorte ? D'autres pays ont une approche plus douce de l'école, et pour autant leurs adultes ne sont pas moins armés que nous à affronter la dureté de la vie. D'autres pays ont une approche moins managériale de leur école, et pour autant, elle fonctionne tout aussi bien, produit des élites et forme la population d'une façon tout à fait satisfaisante et même, osons le dire, désormais meilleure que la nôtre.