C'est la surprise du jour. Et une surprise, je dois le dire, des plus agréables. Dans un communiqué apaisé, forme à laquelle il ne nous avait pas habitué depuis un an, le Snes a salué les avancées de la loi d'orientation telle qu'elle a été définitivement adoptée par le Parlement cette semaine. Certes, il reste le discours habituel sur la vigilance à avoir au moment de la mise en place des réformes, notamment la parution des décrets d'application de la loi. Mais l'essentiel de ce texte est ailleurs, dans le reconnaissance - enfin - de ce que le Socle Commun n'est pas un outil libéral et dépréciateur, mais bien un outil précieux de modernisation de notre système scolaire.

 

"Le Snes-FSU prend acte de l'évolution positive de certains points au fil des débats parlementaires [...] notamment : Le Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture doit être conçu pour permettre la poursuite d'études et non comme un minimum dont devrait se contenter une partie"

 

Ce texte est une rupture. Rupture avec la méfiance affichée envers ce Socle commun, dénoncé jusqu'à présent comme un minimum pédagogique, destiné à faciliter l'employabilité des élèves et à permettre d'évacuer une partie d'entre eux en fin de collège vers des filières professionnalisantes courtes. Socle également accusé d'être un cheval de Troie du libéralisme dans l'école de la République.

Les raisons de ce revirement sont sans doute assez aisées à comprendre. Tant que la loi n'est pas votée, il est de bonne guerre d'entretenir un climat de tension sur le terrain, de pousser son avantage aussi loin que possible sur les sujets les plus sensibles. Mais une fois la loi votée, il s'agit de revenir aux fondamentaux du métier, au prima de l'intérêt de tous les élèves. Et je sais gré au Snes, aujourd'hui, de revenir enfin sur cette ligne.

Sur ce blog, je n'ai jamais ménagé le Snes lorsque j'étais en désaccord avec leurs positions, et plus encore avec leur stratégie de communication. Force est de constater aujourd'hui que le syndicat a fait un pas dans la bonne direction, en admettant enfin que le discours de ses "opposants", concernant le Socle Commun, était le bon. Car cette idée que le Socle est d'abord un pré-requis à la poursuite d'études est une idée défendue depuis le début (en l'occurrence depuis l'apparition du socle dans la loi d'orientation de 2005) par les tenants de l'évaluation et de la pédagogie par compétences. On pourra utilement se référer, notamment, au site "Le socle commun, promesse démocratique", plate-forme regroupant les réflexions de syndicats progressistes, de mouvements pédagogiques et d'associations de parents d'élèves. La première phrase de la présentation du projet est des plus explicite : "Nous sommes convaincus que le Socle commun, dans ses principes fondateurs, est à la fois un outil et un enjeu capital pour transformer l'école "machine à trier" en une école de l'émancipation et de la promotion de tous". Je suis aujourd'hui heureux de constater que - certes timidement mais assez clairement - le Snes accepte notre lecture du Socle commun. C'est la garantie que dans les années qui viennent, les choses vont sans doute pouvoir avancer dans le bon sens sur le terrain. Reste au ministère à déployer le plus rapidement possible la version simplifiée du LPC et nous pourrons enfin nous mettre au travail, sérieusement, et tous ensemble, ou presque. Il est juste dommage d'avoir perdu tout ce temps pour de simples raisons de stratégie syndicale. Car le mouvement pour le Socle Commun, autour de l'UNSA, du SGEN et du CRAP-Cahiers Pédagogiques le dit depuis le début : la dimension culturelle revendiquée par le Snes était inscrite dans le Socle dès le départ. Culture, Compétences, Connaissances, ont toujours été pour nous un triptyque indissociable (c'est même écrit dans le logo du site)

 

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Soyons optimistes jusqu'au bout. La dernière phrase du communiqué du Snes est elle aussi pleine de promesses d'évolution sur un autre dossier : celui de la démocratisation du lycée. "Le SNES-FSU rappelle sa volonté d’ouvrir le débat sur la réussite de tous les élèves au lycée". Fort bien. La démocratisation du lycée, son ouverture à tous les élèves, est un autre cheval de bataille de ce blog. Si le Snes veut entrer dans une vraie démarche de construction d'un lycée réellement ouvert et démocratique, là aussi nous avons, dans les syndicats réformistes, les mouvements pédagogiques et les associations partenaires de l'école, des idées et des projets allant dans ce sens, et qui n'attendent plus qu'un minimum de consensus sur le terrain pour pouvoir se déployer (mutualisation des moyens des lycées généraux, technologiques et professionnels, fluidification des parcours d'élèves, orientation choisie, développement d'un accompagnement au plus près des élèves en difficulté au delà du rituel et inutile "soutien", etc.). Rappelons à ce sujet que le ministre a prévu pour la prochaine année scolaire l'ouverture de discussions sur la poursuite de la réforme des lycées. Gageons que l'intérêt supérieur des élèves finira par s'imposer, là aussi !