L'époque est à la radicalisation. Dans la batterie de mesures dont disposent les protestataires pour se faire entendre, il n'est plus rare, désormais, de voir fleurir ces réactions de désespoir extrême que sont les grèves de la faim. Dernier exemple en date, le "Collectif 08. Sauvons nos écoles" soutient un élu local en grève de la faim. La presse locale de ce matin se fait à nouveau l'écho de leur mouvement ().

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Cet type de mobilisation est un signe très grave de la dégradation des valeurs qui fondent le vivre ensemble de notre République. Sans langue de bois aucune, et au risque de m'attirer les foudres des bien-pensants de la contestation pour la contestation, je prétend pour ma part que les enseignants qui soutiennent ce genre de gestes sont totalement irresponsables, et dépassent les bornes de ce qu'une société de respect et d'intelligence peut accepter de la part de ses membres. Ils défendent et valorisent un comportement d'enfant gâté qui témoigne de l'effacement total, chez eux, des valeurs qu'ils brandissent pourtant comme des étendards (et notamment celle de l'engagement citoyen).

La grève de la faim est un acte utlime, qui touche à ce qu'il y a de plus sacré dans nos sociétés : la vie humaine. Que l'on se trouve acculé à ce genre d'extrêmité quand on défend la liberté d'un peuple opprimé, le respect de valeurs fondamentales bafouées par une dictature, cela peut s'entendre, car on sa bât alors sur de vraies valeurs, qui sont fondamentales pour notre civilisation toute entière. Mais quand on lit que cet obscur élu local se met en grève de la faim pour défendre une école, et qu'il est soutenu par des gens qui justifient son geste, qui pour sauveur qui une classe de Terminale, qui un collège, qui une école rurale, cela donne tout simplement la nausée. La riposte est totalement hors de proportion avec l'enjeu, et témoigne chez ceux qui s'y livrent ou la soutiennent, d'un total manque de sens civique et de sens des responsabilités. Car ce chantage à la vie humaine, quel enseignement leurs élèves vont-ils en tirer sur le plan philosophique, civique, culturel ? Comment ces enseignants, pour qui défendre la fermeture d'une classe est aussi essentiel que défendre la Liberté de tout un peuple, pourront-ils retourner devant leurs élèves avec une quelconque exemplarité ? Le relativisme qu'ils défendent ("tout se vaut, une classe de MON école est aussi importante que la vie humaine") est un mal des temps modernes. Il faut refuser qu'ils le portent comme exemple à suivre pour nos enfants.

 

Bien sûr qu'il est dommage de voir fermer des écoles, des classes ou des filières de lycée. Bien sûr qu'il faut se battre, lorsque l'enjeu le justifie, pour que les écoles ne ferment pas. Mais l'irresponsabililté de la riposte montre un "analphabétisme citoyen" totalement inadmissible chez des enseignants et des élus. Cette grève n'est rien d'autre qu'un chantage affectif, disproportionné, et qui portera sur des responsables locaux qui n'ont pas, même s'ils le voulaient, les moyens de satisfaire les revendications de cet élu. Les gens qui le soutiennent sont inconscients des conséquences de leur positionnement. J'accuse ces irresponsables d'être une des explications principales au fait que le pays devienne peu à peu ingouvernable : satisfaire les caprices de ces enfants gâtés (car enfin personne ne les met au chômage ou à la rue, que je sâche !), ce serait rompre avec un des grands principes de notre Répubique : "l'intérêt général n'est pas la somme des intérêts particuliers". S'ils avaient vraiment voulu faire avancer leurs revendications, il leur appartenait en premier lieu de faire entendre raison à cet élu plutôt que de soutenir son geste inconsidéré et bête.

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J'aimerais bien que les enseignants qui soutiennent cette grève de la faim, s'ils passaient pas ici, m'expliquent ce qu'ils feraient si d'aventure, un jour, la France devenait une dictature et qu'ils perdent leurs libertés fondamentales ? Ou si on déportait arbitrairement leurs proches ? Une pétition ? Une manif ? 

Oui les grands services publics sont devenus inréformables. Mais pas, comme on le lit ici où là, à cause de la lourdeur administrative. Le coupable, ici, c'est une poignée d'égocentriques, incapables, par manque de culture et de savoir-vivre, de comprendre que si leur combat est important à leurs yeux, il ne l'est sans doute qu'à leurs yeux, et que la société n'a pas à payer le prix de leur absence de sens citoyen.