Les récriminations, appels à la censure et autres indignations bon teint concernant le nouveau clip d'Indochine, College Boy, sont étonnantes. Qu'est-ce donc qui effraie dans ce clip ? La violence montrée sans fioritures (mais dans une dimension artistique évidente) ? L'utilisation d'un symbole religieux (mais la Croix, instrument de supplice, n'est rien d'autre le symbole du christianisme en même temps que celui de la barbarie dont il fut l'objet à ses débuts) ?

 

Ces réactions m'interpellent car elle semblent bien être une nouvelle facette de la politique de l'Autruche, tant pratiquée sur ce sujet, notamment par l'Education nationale elle-même. Certes, Eric Debardieu plaide pour qu'on lui laisse le temps d'installer des correspondants harcelement dans tous les établissements, qu'on laisse le temps de travailler aux équipes qu'il encadre dans la lutte contre la violence scolaire. Effectivement, il faut lui laisser le temps et les moyens de travailler. Aucun professionnel de l'éducation ne peut le nier. Mais pourquoi, en parallèle, ne faudrait-il pas montrer ce qu'est réellement le quotidient d'environ 10 % de nos collégiens, victimes de faits souvent graves de harcèlement ? Qui cela dérange-t-il ?

Ces images choquent des personnes qui refusent de voir la réalité en face. Elles n'en sont que plus nécessaires. Dans le grand public, la question est souvent sous-estimée, voire ignorée. Chez les professionnels de l'éducation, elle est bien connue mais dans bien des endroits, fait l'objet d'une prudent omerta. Est-ce parce qu'il le dénonce que ce clip nous choque ? Sand doute, oui. Les adultes qui savent mais ne veulent pas voir, pour surtout ne pas avoir à témoigner, à assumer leur position d'éducateur, et d'adulte. Quel autre moyen que des images choc avons nous à notre disposition pour leur faire sortir la tête du sable ?

Professionnels de l'éducation, encadrants, travailleurs sociaux, grand public, médias ... au moins, à partir d'aujourd'hui, plus personne ne pourra fuire ses responsabilités devant la harcèlement sans dire qu'il ne se doutait pas de la gravité du phénomène. C'est bien le moins que nous devons à ces enfants, à ces adolescents. Avec une pensée toute particulière pour les adolescent(e)s qui découvrent au collège ou au lycée leur homosexualité, qui sont de ce fait plus encore que d'autres victimes d'une forme de harcèlement, et qui ont déjà tant souffert ces dernières semaines d'un étalage de haine et de rejet public ... sur lequel on n'a guère entendu, pour la plupart, les contempteurs d'Indochine.

 

Edit : je voulais mettre le clip en fin d'article mais la CSA en a bloqué la diffusion, validant ainsi la politique de l'autruche dont je parle dans cet article.