Pour qui est sensibilité à la question de la prise en charge des troubles du langage dans le cadre scolaire, le titre de ce billet semblera une évidence, une manière d'enfoncer les portes ouvertes. Pourtant, la dyslexie souffre toujours, dans l'univers enseignant, d'une sorte de péché originel : toujours associée chez certains à un "prétexte à la paresse", éventuellement analysée comme une conséquence de nos méthodes d'apprentissage de la lecture, elle reste toujours un peu suspecte. Et les progrès dans les diagnostics, qui font mécaniquement grimper le nombre d'élèves concernés, n'ont rien arrangés, certains estimant que la dyslexie, notamment, était devenue une sorte de mode.

Or une étude scientifique des plus sérieuses vient radicalement mettre à mal tout ce fatras de pensées magiques, et prouve, une nouvelle fois, que les enseignants gagneraient à s'occuper d'enseignement et à laisser la médecine aux médecins, et à leur faire confiance. Il s'agit d'une étude menée à l'hôpital de la Timone à Marseille, sous l'autorité du professeur Michel Habib neurologue et par ailleurs coordinateur du réseau de praticiens Resodys (consulter le site Internet du réseau)

 

L'étude en question a été largement reprise dans la presse, spécialisée et grand public, ces derniers jours. En voici les conclusions principales.

1. L'activité de lecture provoque chez nous tous l'activation d'une zone particulière du cerveau. Cette zone ne s'active pas chez les dyslexiques, ce qui génère les difficultés de lecture qu'ils rencontrent. Ce ne sont donc pas du tout des gens qui n'aiment pas lire ou que se réfugient derrière un prétexte pour refuser de lire.

2. Toutes les langues connues et toutes les sociétés sont confrontées à cette difficulté, à l'exception très notable du chinois. La forme particulière de la graphie, en effet, sollicite d'avantage l'aire motrice du cerveau, et beaucoup moins celle de la reconnaissance des mots. Un dyslexique peut donc lire plus facilement l'alphabet chinois que les autres alphabets

3. Conséquence (que j'ajoute, et qui n'est pas mentionnée dans l'étude du CHU de Marseille) de ce qui précède : la difficulté particulière des dyslexiques avec l'apprentissage de l'anglais est un mythe, commode pour les équipes enseignantes qui se dédouanent ainsi d'une partie de leurs responsabilités. Certes l'anglais est une langue qui dissocie plus que les autres les lettres et les sons produits. Mais c'est encore une fois une question de méthode inadaptée. Ou alors qu'on m'explique ce que deviennent les petits anglais ou américains qui souffrent de dyslexie !

4. Le processus de la dyslexie est confirmé par l'analyse scientifique : il s'agit bien, chez l'élève, de la difficulté à mettre en relation une lettre ou un groupe de lettres et le son qu'il (elle) produit.

5. La musique, parce qu'elle agit sur les même zones cérébrales que celles qui font défaut aux dyslexiques, serait un moyen d'aider ces élèves à progresser dans leur apprentissage de la lecture. Cela est dû au fait qu'une note est à la fois un code graphique (sur la partition), un geste technique (action sur l'instrument) et un résultat tangible (le son émis).

6. C'est donc dans la connexion des sons, des images et des gestes que réside sans doute la marge de progrès des dyslexiques, beaucoup plus que dans un apprentissage classique de la lecture, quelle qu'en soit la méthode utilisée (globale, semi-globale ou syllabique).

 

Il serait souhaitable que la communauté éducative, dans son ensemble, admette enfin ces conclusions, issues d'un travail scientifique pour lequel aucun enseignant de terrain n'est réellement habilité à porter une contre-analyse crédible. A chacun ses compétences. Les élèves (et notamment ceux qui souffrent de troubles spécifiques du langage) ont tout à gagner à ce que chacun reste dans sa sphère de compétence : aux chercheurs les conclusions scientifiques, aux orthophonistes la prise en charge et les préconisations, aux enseignants l'enseignement ... dans le cadre de ce que nous savons des difficultés des élèves.

illustration article dys

 

Pour aller plus loin, un article assez bien fait (et illustré) dans les pages santé du Figarohttp://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/04/15/20370-limagerie-cerveau-devoile-secrets-dyslexie?position=1&keyword=dyslexie