La grève des professeurs des écoles de la capitale a été massivement suivie mardi dernier. En cause, la réforme des rythmes, que certains accusent d'être trop timide (et en concluant qu'il ne faut donc rien faire) d'autres estimant qu'elle est en elle-même une erreur, la semaine de 4 jours étant préférable. Les causes de cette grogne sont sans doute plurielles, à rechercher par exemple dans l'exaspération d'une profession malmenée par son ministre depuis 10 ans, dans la difficulté concrète à venir travailler dans la capitale lorsque l'on n'y réside pas, etc.

Dans un bref entretien accordé à La Lettre de l'Education du 28 janvier 2013, l'historien Claude Lelièvre revient sur un autre motif probable de cette grogne, qui n'est sans doute pas de nature à rendre plus populaire cette grève que l'opinion publique n'a pas digérée (voir à ce sujet mon précédent billet "les enseignants ont perdu la bataille de l'opinion").

 

Les professeurs des écoles parisiens sont secondés par un corps de fonctionnaires municipaux unique en France, les PVP ("professeurs de la Ville de Paris"). Dans son entretien, Claude Lelièvre revient brièvement sur l'histoire de ce corps particulier, composé aujourd'hui de 765 enseignants, fondé sous la Monarchie de Juillet, doté de statuts précis depuis les années 1980, non inspectés officiellement. Il développe également quelques éléments concernant leurs missions : ils sont affectés dans les écoles en décharge des PE à raison de 3,5 heures par semaine (1 heure de musique, 1 heure d'arts plastiques et 1,5 heures d'activités physiques). Théoriquement, leurs interventions peuvent se faire en dehors du cadre scolaire, mais dans les faits il semble que cette situation soit très rare.

Très discrets, ces PVP sont représentés par un petit syndicat de l'UNSA, le SNADEM, et ont déjà débrayé au début de cette année scolaire, sur le thème de la menace de leur statut spécifique, et du risque de voir leurs interventions déconnectées du temps scolaire (crainte que la réforme des rythmes a rendue plus aigüe encore). C'est une profession très populaire, soutenue tant par les enseignants qu'ils déchargent que par les parents d'élève, la FCPE pointant volontiers leur professionnalisme et l'efficacité de leurs interventions auprès des enfants.

 

Pour qui ne connaît pas le monde très particulier des écoles parisiennes, plusieurs questions se posent tout de même : que fond les enseignants de la décharge de 3,5 heures hebdomadaires dont ils bénéficient ? Les utilisent-ils en "co-animant" les séquences d'éducation physique et de pratique artistique ? Les utilisent-ils à autre chose ? Sont-elles des décharges pures et simples ? Cette information est très difficile à obtenir. Or cette question est essentielle. Comme le dit Claude Lelièvre "je ne saurai dire si sur le terrain [la coopération entre PVP et PE] est efficiente". Pourtant, beaucoup de choses dépendent de la réponse à cette question, et notamment, sans doute, une part des motivations profondes de la grève massive du 22 janvier dernier dans les écoles parisiennes.

 

Pour en savoir plus et se faire sa propre opinion :

- La page du site de la ville de Paris dédiée aux PVP

- Un article du Parisien sur la grève des PVP du 24 septembre dernier

- Le site du Snadem-Unsa, premier syndicat des PVP