La loi d'orientation, qui sera l'émanation de la concertation de cet été et des discussions engagées avec les syndicats depuis un mois, devrait théoriquement être proposée au Parlement en janvier, pour entrée en vigueur à partir de la rentrée 2013 (ou pour entrée en vigueur progressive à partir de 2013 selon les sujets concernés).

Cette loi, dont le contenu a été plus précisément révélé par le ministre vendredi lors du salon européen de l'éducation (voir mon article précédent et l'analyse du Café pédagogique), ne plaît d'ores et déjà pas au Snes. Ce dernier sonne à nouveau la charge, et adresse une lettre-pétition à Vincent Peillon. Deux aspects essentiellement de la future loi d'orientation sont critiqués.

  • Le transfert des CIO aux régions.

Il pose de réelles questions, non pas seulement en terme de statut des personnels, mais surtout en terme de libertés. En allemagne, les étudiants ont souvent les pires difficultés à changer de land à cause de systèmes d'orientation différents, ne risque-t-on pas la même aberration ? Un cadeau politique aux présidents de région ne semble pas opportun en la matière !)

  • L'émergence d'un cycle CM2 / 6e et le rapprochement du collège est du lycée.

L'enjeu va bien au delà de ce simple rapprochement entre le primaire et le secondaire. L'idée sous-jacente, je pense, et de construire progressivement une cutlure scolaire commune qui traverse l'ensemble de la scolarité obligatoire. C'est une approche intelligente de la notion de continuité pédagogique, mais bien entendu, il faut relier cela à la mise en place définitive du Socle commun, dont Vinvent Peillon ne cesse de proclamer le caractère indispensable et irréversible, quitte à faire évoluer le périmètre de ce socle et les outils d'évaluation qui vont avec. En bref, les réformes qui installent le Socle commun et qui refondent la logique d'organisation de la scolarité obligatoire sont fondées sur l'intérêt premier des élèves, et nécessitent (ne faisons pas de langue de bois) des ajustements dans les statuts et les périmètres professionnels des personnels (et pas seulement enseignants d'ailleurs). La question fondamentale reste donc celle des principaux bénéficiaires de la refondation : Je ne connais pas les arguments du Snes qui montrent que toutes ces réformes sont néfastes aux élèves. Ils ne parlent que des personnels. Bien entendu, ce faisant, le syndicat reste dans la fonction sociale que la démocratie lui assigne, celle de la défense du corps professionnel qu'il représente. Mais la démocratie assigne aussi une fonction sociale au gouvernement : celle de travailler dans l'intérêt général. Car encore une fois, l'école n'appartient pas à ses personnels !

 

Aujourd'hui, le Snes n'attaque pas frontalement le Socle commun et les écoles du socle (même si au demeurant ses sections académiques ne s'en privent pas, exemples locaux à l'appui) ... non, il préfère tenter de rendre le dispositif inopérant, en empêchant les réformes qui y sont liées. Un peu comme un certain ministre qui en son temps s'est employé à saboter le Socle commun en publiant des circulaires qui le légitimaient mais le rendaient en même temps inapplicable car trop impopulaire. Je vois là dedans une bonne nouvelle : si le Snes change son angle d'attaque sur le Socle, n'est-ce pas que sa mise en oeuvre est désormais actée, même chez ses principaux opposants ?

 

 

 

Texte de la lettre envoyée à Vincent Peillon :

 

Monsieur le Ministre,

Vous avez affirmé à maintes reprises votre volonté de « Refonder l’École » et, pour ce faire, engagé une vaste concertation à laquelle les syndicats de la FSU ont activement participé.

Nous, personnels d’enseignement, d’éducation et d’orientation, attendons de la loi que vous allez présenter au Parlement, un souffle nouveau pour nos élèves, nos métiers et nos professions.

Après des années marquées par la dégradation continue de nos conditions d’emploi, de travail et de salaire, par le mépris affiché d’un pouvoir qui niait les réalités sociales et scolaires auxquelles nous sommes confrontés, nous espérons obtenir enfin les moyens pédagogiques, éducatifs et matériels de faire notre travail sereinement et en accord avec les valeurs que nous portons dans l’accomplissement de nos missions.

Nous avons conscience que les arbitrages que vous rendrez ne peuvent être totalement consensuels, mais vous rappelons votre engagement à ne pas transformer l’École contre ceux qui, contre vents et marées, ont continué à exercer leur métier au service de la réussite de tous.

À ce titre, nous attendons une véritable rupture avec les politiques éducatives précédentes, pour une transformation progressiste de l’École. Nous voulons une école qui offre à tous les jeunes la réelle possibilité de s’approprier des outils permettant l’émancipation, la confrontation avec le réel dans sa complexité, la réflexion critique et l’accès à une qualification reconnue ; une école qui lutte contre les inégalités et les discriminations, qui crée l’ambition de tous dans tous les établissements et tous les territoires ; une école qui sait s’appuyer sur l’expérience, la réflexion et la complémentarité des personnels, dans des équipes éducatives qui sont aussi la richesse du système éducatif français ; une école qui, plutôt que de renforcer les hiérarchies locales, sait favoriser les initiatives des équipes et rétablit de la démocratie dans des établissements où sévit parfois aujourd’hui une gouvernance obtuse...

Prêts à nous engager dans un projet à long terme qui ouvre de véritables perspectives démocratiques, nous sommes aussi déterminés à ne pas nous laisser imposer ce que nous considérerions comme des remises en cause majeures de ce qui fonde notre identité professionnelle.

Il en est ainsi de toute mesure conduisant à rompre l’unité du second degré, de toute tentative d’imposer des dispositions qui conduiraient à créer une forme d’unification des premier et second degrés. L’enjeu d’une entrée en Sixième profitable à tous les élèves mérite mieux que la solution paresseuse de la mise en place d’un nouveau cycle artificiel à cheval sur le primaire et le secondaire.

Il en est ainsi aussi de la mise sous double tutelle État-Région des personnels de l’orientation, du transfert des centres d’information et d’orientation aux Régions ou de l’abandon de la maîtrise de l’État sur la carte des formations professionnelles et technologiques.

En outre, sans attendre l’ouverture des discussions que vous avez annoncées sur le collège, sur les trois voies du lycée, sur le métier et sur la formation initiale et continue, la situation actuelle, héritée des choix antérieurs, demande que soient prises des mesures transitoires, tant en collège qu’en lycée, de nature à alléger les difficultés d’exercice et la charge de travail, de redonner du sens aux métiers. Il est tout aussi indispensable d’ouvrir le chantier de la revalorisation de nos métiers, de nos salaires et de nos carrières, et de mettre en œuvre un plan pluriannuel de recrutements à hauteur des besoins.

C’est parce que nous partageons vos objectifs déclarés de lutte contre les inégalités scolaires et sociales insupportables, que nous nous adressons à vous solennellement.

Réussir la refondation de l’École que le pays exige nécessite la mobilisation de tous, vous le savez et l’avez répété. Nous attendons les engagements forts qui permettront aux personnels du second degré de relever ce défi.