[message en réponse à l'ouverture d'un sujet sur Néoprofs concernant mon précédent article : http://www.neoprofs.org/t54113-l-historien-antoine-prost-se-prononce-pour-les-notes#1681107 ]

J'ai pris le temps de lire l'ensemble de vos commentaires suite à la publication d'un billet de mon blog ... sur le vôtre. Mais comme vous réagissez ici et pas sur mon blog, c'est bien ici qu'il faut exercer ce droit de réponse. Bien qu'on ne se connaisse pas (du moins a priori), je me permets ce droit de réponse, dans la mesure où les billets de blog de personnes que vous jugez insipides et inintéressantes semblent tout de même vous mettre dans tous vos états (très instructif, à ce titre, de parcourir vos différents sujets sur le système éducatif).

Je passerai bien entendu sur les posts-défouloir dont votre forum semble hélas coutumier, et sur la pratique, disons, minimaliste, qu'ont certains d'entre vous de la liberté d'expression et de la richesse de la confrontation des points de vue (petit mention spéciale quand même à ce smiley qui montre un requin en train de bouffer on ne sait trop quoi ou qui ... c'est d'une élégance rare et le débat y a beaucoup gagné). Seule remarque sur la forme : j'aurais effectivement dû écrire « je pense » au lieu de « je crois », ce qui correspond bien mieux à ma philosophie. Mais bon, en même temps, sur un forum où nombre d'entre vous sont « grand maître », « prophète » ou « esprit sacré », ça ne devrait pas dénoter ... (non non ! Ne me fusillez pas tout de suite, vos titres sont au 2e degré, et vous êtes tous des gens d'une modestie sans faille, prompts à se remettre en question au moindre doute, je sais, je sais !). En outre, la question de savoir si j'ai eu moi-même à souffrir de l'échec scolaire dans ma chair relève de ma vie privée ... mais je n'ai pas pour habitude de parler en « professeur » de ce que je ne connais pas.

Pour le reste, voici quelques éléments de réponse pour tenter d'alimenter le débat (étant bien entendu qu'on n'épuisera pas le sujet, mais défendre mes convictions me passionne) :

A John je dirai que dénoncer ma supposée (et fantasmée) « théorie du complot » sur Néoprofs, c'est assez croustillant. Vous administrez tout de même un forum qui passe ses journées à dénoncer les vilenies de l'administration et des hiérarchies en tous genres, qui n'auraient d'autre but que de vous enquiquiner. On voit tout à fait, effectivement, l'intérêt de vos supérieurs à vous enquiquiner pour le plaisir. C'est tellement logique, comme raisonnement ! Votre paranoïa est telle que vous finissez par en voir chez les autres ... Non, non , rassurez-vous ! Nulle théorie du complot sur mon blog. Mais si je dis que je soutiens ma hiérarchie, je serai taxé d'opportunisme et de carriérisme (ce qui a été le cas lorsque vous avez diffusé ici un autre article de mon blog, à propos du LPC ... et je vous fait grâce des propos tenus dans l'espace privé du forum ).

A Igniatus : voilà un post qui permet d'entrer dans un débat constructif. Je maintiens absolument que d'anciens mauvais élèves peuvent parfaitement faire d'excellents enseignants. L'École souffre en effet d'un trop-plein de bons élèves dans les salles des profs, dans les bureaux des directions, dans la hiérarchie. A se demander si en définitive, aux yeux de certains, l'École n'a pas comme vocation première de former de futurs profs, dont certains deviendront chefs d'établissement ou IPR, voire Directeurs Académiques, et d'ainsi s'auto-reproduire à l'infini. Tout dépend évidemment du rôle que l'on estime jouer en tant que personnel de l'Education nationale et de la place qu'on occupe es qualite (place que l'on s'auto-attribue trop souvent, d'ailleurs).

Par ailleurs, je ne suis en rien quelqu'un qui brûle ses anciennes idoles. Je connais très bien les travaux universitaires d'Antoine Prost, nettement moins ses prises de position pédagogiques (j'en sais toutefois assez pour vous donner raison sur ce que vous peinez à trouver, car ce n'est pas très diffusé en effet : A. Prost gravite bel et bien autour de la CFDT et du PS, pour le compte duquel il fut maire adjoint d'Orléans. Toute sa biographie est résumée ici : http://www.univ-paris1.fr/fileadmin/Service_archives/Fonds_priv%C3%A9__PROST.pdf). Par conséquent, je ne considère pas être en révolte contre un « ancien maître à penser ». J'estime d'ailleurs ne pas avoir de maître à penser, et c'est sans doute pour cela que je m'autorise à critiquer les propos de gens que par ailleurs j'apprécie. Cela s'appelle la liberté de conscience, d'expression, ou de tout ce que vous voudrez qui s'apparente à cela.

A ce titre, le caractère un peu virulent de mon propos trouvera sans doute son explication dans la citation de Saint-Augustin que vous mettez en exergue de vos posts : « Celui qui se perd dans sa passion est moins perdu que celui qui perd sa passion. ». Alors en effet mon propos est un peu emporté, mais ce n'est sans doute pas ici qu'on m'en fera grief ! Enfin, vous terminez en sous-entendant que confier l'enseignement à ceux qui maîtrisent une discipline est une évidence, le contraire étant une aberration. Peut-être, mais ça ne sera jamais suffisant ! D'abord parce que ce n'est évidemment pas à l'issue du lycée que l'on « maîtrise une discipline », et qu'un lycée médiocre peut devenir un étudiant brillant (mais hors via sacra des CPGE bien entendu !). Sans doute faudrait-il méditer la différence qu'il y a entre un professeur, qui transmet un savoir (généralement établi ou enrichi par lui) et un enseignant, qui transmet des savoirs construits par d'autres, et qui lui ont été apportés, ce qui nécessite un professionnalisme tout différent. Or jusqu'à preuve du contraire, les collèges et lycées ont besoin d'enseignants et n'ont que faire de « Professeurs ».

A Presse-purée : J'apprécie beaucoup votre argumentaire. L'idée de la permutation des évaluateurs est très stimulante. Par contre, je ne suis pas d'accord avec vous sur l'évaluation par compétences, ce qui ne fait pas pour autant de vous un « réac de droite ». Et puisque vous vous référez à des sources proches des mouvements anarchistes, sans doute connaissez-vous Henri Roorda, un mathématicien proche des milieux anarchistes autour de 1900, et qui écrivait à propos des notes « Il est d'autant plus nécessaire à un maître de recourir à ces stimulants que ses leçons sont moins intéressantes ». Et comme il était enseignant, son analyse vaut bien celle de tous les brillants esprits qui peuplent ce forum de sentences définitives sur l'enseignement. Mais trêve de provocation. L'argument sociologique, contrairement à ce qu'a écrit je ne sais qui dans ce sujet, est bel et bien fondé scientifiquement, notamment par les travaux de Pierre Merle (« Les notes, secrets de fabrication »). Je sais bien qu'ici, on considère que les sciences de l'éducation ne sont pas une « vraie discipline », mais comme je n'ai jamais compris pourquoi, je continuerai à m'y référer, n'ayant pas moi-même fait ce genre d'études, et n'étant donc pas compétent pour juger de la qualité de leurs productions universitaires. D'ailleurs au passage, si quelqu'un voulait bien me dire en quoi c'est une discipline moins noble que la sociologie, les maths, l'histoire, l'archéologie ou la physique, je suis preneur. Cette condamnation me fait penser à celle de l'archéologie par les historiens ... il y a toujours besoin de trouver quelqu'un de moins « éminent » pour justifier son propre positionnement, non ?

 

A Iphigénie : C'est précisément parce que la société se met à tout noter qu'il faut prendre des mesures. Nous sommes nombreux à penser que la société est largement le reflet de son école, notamment parce que cette dernière prépare les citoyens-acteurs de demain. Soit on considère que l'école donne aux élèves (y compris aux futures élites) les armes pour faire évoluer la société (ce que dit Hannah Arendt, en substance), soit on considère que l'école doit s'adapter à la société, ce qui est généralement dénoncé sur ce forum. C'est une question de point de vue, mais la réponse est évidemment essentielle pour toute réflexion sur l'école.

 

Plus généralement : je ne pense pas qu'Antoine Prost soit LE concepteur des réformes actuelles ... pour la bonne et simple raison qu'il n'y a pas de « réforme actuelle ». Il n'y a qu'une évolution nécessaire d'un système qui était pensé pour une poignée d'élèves et qui s'est massifié. Il reste, encore et toujours, à en réussir la démocratisation. C'est de cela qu'il s'agit, et ce n'est pas en pleurnichant sur le bon vieux temps, souvent fantasmé, qu'on y arrivera (L'évaluation chiffrée a été inventée, si je ne m'abuse, sous Napoléon, avec le lycée et le Bac. Il serait sans doute temps de faire évoluer un tout petit peu nos repères !). Solutionner les problèmes de l'École en écartant les élèves « à problème » du circuit « classique », c'est une solution à laquelle même une chèvre aurait pu penser ... et habiller cela de l'intérêt de l'élève qui s'ennuie en classe ou qui « n'est pas scolaire » (quelle belle tarte à la crème que voilà !) ne change rien au fond du problème, à savoir que l'on confond École et centre de tri. Dès lors, reste à innover, à expérimenter, quitte à tâtonner. Bref, ce que Jules Ferry fit en son temps : reconstruire une école adaptée à la société du temps, et pour cela mettre à bas le système existant. S'il avait dû attendre de convaincre « la base enseignante », on serait encore régi par les lois de Guizot. Beaucoup de posts, ici, fustigent une sorte de « parti gris ». Je suis d'accord sur un point : ce n'est pas avec des demi-mesures qu'on fera bouger les choses. Mes positions là-dessus sont simplement à l'opposé de celles des principaux contributeurs de ce forum, ce qui tant qu'on ne m'aura pas prouvé le contraire, n'est pas un délit.

Enfin, dernière précision : De par le journal de connexions de mon blog, il ressort que l'un des membres de Néoprofs qui a été le plus virulent à mon endroit (mais dans l'attaque personnelle, pas dans l'argumentation, bien entendu) est sans aucun doute un « voisin professionnel », entendez par là quelqu'un qui travaille, au plus large que je puisse le savoir, dans la même agglomération que moi. Ceci me met évidemment mal à l'aise, puisque j'ai pour ma part l'honnêteté d'avancer sans pseudo. Le procédé du pseudo me laisse songeur, et je veux croire qu'il est involontaire lorsqu'il concerne des gens que l'on a peut-être déjà croisés sur le terrain. C'est si petit, le monde enseignant d'une ville de province !