De nombreux députés de droite réclament aujourd'hui la démission de Vincent Peillon en raison de ses propos sur la dépénalisation du cannabis et le nécessaire débat qu'il faudrait instaurer sur ce sujet. De tels propos ont déjà été tenus par d'autres ministres, sans que jamais la levée de bouclier ne soit aussi forte. Pourquoi tant de haine à l'encontre de ce ministre qui ne fait que redire ce qu'en vérité tout le monde pense tout bas, y compris dans nombre d'officines proches de la droite ?

 

Parce que, à la tête du Ministère de l'Education nationale, Vincent Peillon veut redonner un contenu pédagogique à ses réformes, alors que la droite, totalement à sec sur ces questions, en est restée aux thèses de Xavier Darcos sur le déclin de notre Ecole.

Parce que Vincent Peillon veut centrer l'école sur les élèves au lieu de la centrer sur les valeurs d'autorité du maître (notion d'ailleurs jamais définie), de respect de la discipline, de formation des élites, de sélection précoce des élèves et sur la caporalisation des hiérarchies intermédiaires, toutes choses constitutives d'une pensée de droite sur l'éducation.

Parce que Vincent Peillon veut refonder la formation des enseignants, recréer des Ecoles spécialisées, dans lesquelles la réflexion didactique et pédagogique aura sans doute autant de place que la maîtrise des contenus disciplinaires. L'exact inverse des déplorations d'un Xavier Darcos qui réduisait outrancièrement les IUFM à un "art d'apprendre à ignorer" (alors que lui même estimait lorsqu'il était ministre qu'on avait trop intellectualisé la réflexion sur l'Ecole !). A l'exact inverse d'une droite qui a supprimé toute formation digne de ce nom, sans doute travaillée par son image inconsciente du métier d'enseignant, si étranger à sa culture profonde.

A cause de la polémique lancée par les députés de droite, France Inter présentait ce matin la journée d'hier comme une très mauvaise journée pour Vincent Peillon. Or si on le considère en tant que ministre de l'Education nationale, ce n'est pas vrai. Au premier jour de l'ouverture des discussions sur la refondation de l'Ecole, le ministre semble être parvenu à emporter l'adhésion sur ses projets de réforme concernant l'école élémentaire et l'école maternelle. Ce n'est pas si mal pour le 1e jour d'une négociation prévue pour durer un mois ! Mais force est de constater que le coup médiatique de la droite a fonctionné ... il est toujours plus aisé pour les journalistes de gloser sur une polémique sociétale que sur l'importance des réformes entreprises sur le terrain de la pédagogie.

L'Education nationale est un domaine, à l'instar de la santé ou de la justice, dans lequel il existe encore une réelle opposition entre les conceptions de la droite et celles de la gauche. C'est donc un point de crispation important du débat politique. Ceci explique sans doute cela.