Le 12 septembre dernier, un accord a été signé entre le Président de la République et l'Association des Régions de France (voir à ce sujet l'article du Café Pédagogique). Dans cet accord, qui porte sur un ensemble de domaines préfigurant "l'acte III de la décentralisation", il est question d'un objectif de division par deux en 5 ans des sorties sans qualification. Pour ce faire, les régions disposeront de certains leviers, et notamment du pilotage de la carte des formations.

 

Aujourd'hui, la sémantique d'Alain Rousset, président de l'ARF (et donc signataire de l'accord du 12 septembre es qualité) semble avoir évolué de façon bien singulière ! Le 10 octobre, il a en effet déclaré "La formation professionnelle doit être de la compétence pleine et entière des régions. Point barre". Outre le ton maladroitement définitif (quel pouvoir réel a-t-il pour imposer cela, lui dont la visibilité nationale s'arrête aux frontières de l'Aquitaine ?) les termes employés sont de nature à relancer l'opposition frontale des syndicats, et il n'est pas certain, à l'ouverture des négociations sur la refondation, que ce soit une idée bien pertinente !

Donner aux régions des compétences entières en matière d'orientation, cela signifierait que les régions deviennent maître d'oeuvre également en matière de décisions d'orientation, et qu'elles puissent s'immiscer dans les choix pédagogiques des lycées professionnels notamment. Ce n'est évidemment pas du tout la même chose que le pilotage de la carte des formations. Cette mesure a une raison d'être dans le cadre de l'accord du 12 septembre. Réclamer des "compétences pleines et entières" n'en a aucune. En outre, dans ce cas de figure, quelles seraient les conséquences si une région ne parvenait pas à l'objectif de réduction contractualisé avec l'Etat ? On la punit ? ou on ignore, vidant alors tout cela de son sens ?

Prenons garde de ne pas dénaturer la décentralisation en en faisant un nouvel élément de déconstruction de l'Education nationale, que Vincent Peillon et François Hollande semblent par ailleurs décidés à restaurer. (exemple : quel sens aurait l'émergence de procédures d'affectation divergentes selon les régions pour des formations rares qui recrutent au niveau national ou inter-régional ? Quelle conséquence, tout bêtement, sur la liberté de circulation des étudiants, des lycéens et de leurs familles ?)