J'ai posté sur ce blog, hier, un coup de gueule contre un article de l'US Mag, le magasine du SNES. Dans cet article, je précisais "On peut donc s'attendre à un éditorial tout en nuance ... et à voir enfin le loup sortir du bois".

Voilà, c'est fait, le loup est sorti du bois. Le SNES publiera demain un communiqué. Un communiqué hélas prévisible avec les mêmes menaces que d'habitude de recours à l'action, la même dramatisation que d'habitude autour de l'idée que le gouvernement fait de la provocation (comme si ça avait le moindre sens de provoquer les enseignants !), et pour finir (car on en finit toujours là quand la coquille est vide) par le même blocage de toute réforme quelle qu'elle soit.

Il y a eu toutefois aujourd'hui deux faits nouveaux qui donnent à notre paysage syndical une dimension nouvelle :

  • Si le SNES reste arque-bouté sur quelques blablas corporatistes, le SNUIPP, qui est lui aussi membre de la FSU, a salué, dans l'ensemble, les préconisations du rapport que dénonce le SNES. Intéressant de voir comment la FSU va gérer en interne cette contradiction. Certains demandent déjà le départ du SNUIPP de la FSU (car bien entendu, quand on ne pense pas comme eux, c'est forcément qu'on est un traître ou un idiot). La FSU n'existerait plus dans le primaire, les réformes s'y opéreraient sans eux ... ce qui isolerait encore plus le SNES bien entendu. C'est une excellente nouvelle que ce ralliement du SNUIPP à la réforme (même si ce ralliement reste frappé de quelques réserves, ce qui est quelque chose de tout à fait normal, et même de sain, dans un débat démocratique).
  • Le SNES n'a pas attendu son communiqué de presse pour faire filtrer ses positions. Elles sont accessibles ici depuis 16h30 : http://www.neoprofs.org/t53544-message-du-snes-p-suite-a-la-publication-du-rapport#1658773. Pour ceux qui ne connaissent pas, Néoprofs c'est un faux nez de tous les conservatismes qui gangrènent l'Education nationale. Pour résumer, on peut dire que le préfixe "néo" est ici utilisé dans le même sens que chez les "néo-conservateurs" américains : faire croire à une nouveauté, en portant des valeurs vieilles de deux siècles. On y trouve des ressources en ligne et des forums d'échanges de pratique (ce qui est très bien), mais aussi des forums nettement plus idéologiques, qui font en général une très belle tribune au SNALC (quand les gens n'y vomissent pas leur haine de façon anonyme, que ce soit leur haine de leur hiérarchie, de leurs collègues innovants ou de leurs élèves). Ces forums sont souvent des défouloirs dans lesquels la confrontation d'idées n'existe pas.

On voit donc bien se créer ce qui il y a quelques années n'était encore qu'une caricature : un front du refus, conservateur, arque-bouté sur une École qui se perpétue de génération en génération sans que jamais les enseignants ne soient formés à y faire autre chose que transmettre un savoir ... sans apprendre à le faire; On trouve dans ce front le SNES et le SNALC pour l'essentiel, plus quelques autres centrales syndicales, dont on ne dira rien ici tant qu'elles n'ont pas officiellement pris position dans le débat actuel (mais on sait tous qui a été accueilli par le Snalc lors des élections professionnelles de l'an dernier !). De l'autre côté, un "front du changement" qui préconise une refondation de l'École sur une base simple : l'École n'est ni juste ni démocratique, il faut qu'elle le devienne. On trouve ici le SNUIPP, les syndicats de l'UNSA, de la CFDT, la FCPE, les mouvements pédagogistes associatifs comme le CRAP, le MCLCM, le réseau des écoles Freynet, etc.

Il y a sans doute des choses à prendre dans les deux "camps". Je me positionne pour ma part ouvertement dans le second, car une chose est sûre : notre confort à tous, quelle que soit notre place dans le système éducatif, ne sera jamais plus important que la réussite de tous nos élèves. Les mesures préconisées par le Rapport seront déstabilisantes pour les enseignants, mais aussi pour les chefs d'établissement, les inspecteurs de tous niveaux, les COP, les personnels d'éducation. Aujourd'hui, je suis triste de voir qu'entre son confort corporatiste et le souci de ses élèves, mon ancien syndicat fait le mauvais choix. L'arrivée de la gauche au pouvoir fait tomber les masques, et c'est malgré tout déjà une belle victoire.